Conflit Arménie-Azerbaïdjan : comment en est on arrivé là ?

Haut Karabagh, le 19 septembre. Dans cette région du massif montagneux du Caucase, des soldats aux couleurs azéries (d’Azerbaïdjan) se lancent à l’assaut des monts qui ne sont plus sous leur contrôle, mais qui font pourtant officiellement partie de leur pays. Leur objectif : reprendre cette région aux mains des Arméniens, qui habitent le pays voisin. Leurs efforts seront récompensés : le cessez-le-feu est signé après 24h de combats. S’ensuit alors un exode de la population du Karabagh. Comment en est-on arrivé là ?

Le Caucase sud, ses belles montagnes… et ses conflits. En orange, ce fameux « Haut-Karabagh ».

Aux origines

Un petit retour en arrière s’impose : les Arméniens formaient un très grand peuple, qui allait des rives de la Méditerranée (actuelle Turquie, Liban et Syrie), jusqu’aux monts du Caucase. Sa présence est mentionnée dès l’époque grecque (région tampon entre la Grèce et la Perse), puis romaine, la Ville ayant eu des conflits avec ce pays. C’est aussi, alors que le christianisme naissait, le premier Etat à adopter le christianisme comme religion d’Etat, avant les Romains, en 301. Ainsi les Arméniens sont restés chrétiens, jusqu’à aujourd’hui, traversant successivement domination romaine, arabe, puis turque et russe.

En effet, l’Arménie fut partagée en deux entre la Russie et l’Empire ottoman (ancienne Turquie), au cours du XIXe siècle. Les Arméniens qui vivaient en Turquie subirent un génocide en 1915. Il ne restait quasiment plus d’Arméniens en Turquie, l’essentiel d’entre eux vivait donc dans l’Empire russe, en actuelle Arménie.

Lors de la composition de l’URSS (Union des République Socialiste Soviétiques), dans les années 20, c’est Staline, alors haut fonctionnaire, qui eut à créer deux république socialistes au Caucase, en se fondant si possible sur les cultures et religions locales. Il traça les frontières actuelles (voir carte), mais eut la bêtise d’attacher le Haut Karabagh (peuplé d’Arméniens chrétiens), à l’Azerbaïdjan musulman.

Tant que ces deux républiques furent sous tutelle soviétique, il n’y eut pas de problème. Mais au moment de l’effondrement soviétique, en 1991, ces deux pays ont tout de suite eu du mal à s’entendre : de violents conflits se déclenchent en 1993 puis 1994, suite à l’auto-proclamation de la république du Haut Karabagh, mais cette région reste sous contrôle de l’Arménie.

Une ligne de cessez le feu voit alors le jour : les forces armées arméniennes contrôlent non seulement le Karabagh, mais aussi les régions alentours. L’Azerbaïdjan se fait amputer d’une grande partie de son territoire. Pendant 26 ans, la région connait une paix relative, troublée seulement par quelques escarmouches.

C’est la victoire des forces arméniennes : l’Azerbaïdjan se voit amputé d’une grosse partie de son territoire, dont le Haut-Karabagh, en orange.

L’escalade et la fin du Haut Karabagh

C’est dans ce contexte qu’interviennent les évènements qui se sont produits dans le Caucase depuis 2020. Le ton monte progressivement entre les deux pays et, fin septembre 2020, l’Azerbaïdjan lance les hostilités avec son nouvel allié turc qui lui fournit armes, mercenaires, et drones.

6 semaines suffisent pour qu’un cessez-le-feu soit signé après 6 500 morts et d’âpres combats. Les forces azéries ont récupéré 1 tiers du Haut Karabagh, et en prime (quoique cela devait être l’objectif) tous les territoires officiellement azéris, mais contrôlés par l’armée arménienne. Le reste du Haut Karabagh est désormais occupé par des forces de maintien de la paix russes, qui « encerclent » ce qui reste de la région. Ainsi devient-elle une véritable enclave, reliée à l’Arménie par le corridor* de Latchine, étroite route passant en plein territoire azéri.

Le corridor de Latchine, route serpentant dans les montagnes du Caucase en plein territoire azéri, qui relie l’Arménie (en bas de l’image), au Haut-Karabagh (en orange en haut)

Même si la situation ne s’était pas complètement calmé, le ton monte encore une fois lorsqu’en décembre 2022 l’Azerbaïdjan bloque le corridor de Latchine. La situation devient alors déplorable au Haut-Karabagh, où les Arméniens manquent de nourriture et de médicaments qui viennent souvent d’Arménie. Toutes les tentatives de négociations de la communauté internationale échouent et la situation s’envenime.

C’est le début de la fin pour cette république aux monts perdus. L’Azerbaïdjan relance le conflit le 19 septembre 2023 en attaquant les forces armées présente d’auto-défense (qui ne sont pas les forces régulières de l’Arménie), qui plient au bout d’1 jour de combat.

Cette fois-ci c’est vraiment la fin pour le Haut-Karabagh, dont les autorités pro-arméniennes annoncent la dissolution « de toutes les institutions gouvernementales et organisations […] au 1er janvier 2024 » et ils déclarent que « la République du Haut-Karabakh (Artsakh) cesse son existence« .

De son côté, l’Arménie, impuissante, ne semble pas réagir face à cette « humiliation ». Plusieurs manifestations ont lieu à Erevan (la capitale) pour protester contre le premier ministre, Nikol Pachinian.

Situation à la veille de septembre 2023 : le corridor de Lat

Les soutien étrangers : quand l’Eurasie s’en mêle

Prenons maintenant cette carte : elle montre non seulement les Etats du Caucase, mais aussi la religion principale des pays en question. En hachures vertes, ce sont les pays à majorité musulmane. En jaune, ce sont les pays chrétiens, les sous-religion (chiites, orthodoxes), ne sont pas comptées.

Comme dit plus haut, les deux belligérants ont une différence culturelle et religieuse. Et je pense que cela joue beaucoup dans l’escalade du conflit, et des partis pris des Etats derrière ces deux pays en guerre.

Et, en général, les Etas vont prendre parti pour un pays de même culture ; c’est ainsi que la Turquie soutient l’Azerbaidjan car ces deux pays sont musulmans mais surtout turcophones. Aux partisans de l’Azerbiadjan s’ajoute également Israel, non musulman mais qui a de la rage à revendre contre l’Iran.

Parlons-en de l’Iran, qui musulman, est censé soutenir les Azéris. Et bien non ! C’est un soutien pour l’Arménie ! La raison est simple : sa partie frontalière avec l’Azerbaidjan est peuplée d’une minorité azérie, et les Iraniens ont peur qu’ils fassent sécession. Deuxième raison : les intérêts turco-azéris divergent avec ceux de l’Iran, et les deux pays turcs pourraient entraver le commerce irano-européen.

Attaquons nous à la Russie maintenant : chrétienne, elle soutient timidement l’Arménie. En fait son soutien se concrétise sous la forme d’une médiation : c’est la grande puissance qui se veut médiatrice dans un conflit relativement proche de chez elle, comme les Etats-Unis le font. Très occupée en Ukraine, elle veut avant tout redorer son blason en jouant les partisans de la paix. D’ailleurs, c’est elle qui assurait le maintien des frontières de 2020 en postant des garnisons tout autour du Karabagh. Pour elle, le Caucase reste son terrain de jeu.

L’Europe, quant à elle, et en particulier la France, a une position très claire : soutien « moral » aux Arméniens, appel à la paix et au dialogue. Cela s’explique par une diaspora très forte d’Arméniens en Europe de l’Ouest, qui ont fui le génocide en 1915-1916.

Les conséquences humanitaires

Presque sans ravitaillement depuis des mois, la population arménienne du Haut Karabagh a du fuir sa patrie par le corridor de Latchine devant l’avancée éclair des troupes azéries. Laissant désertes les villes, les plus chanceux ayant de la famille en Arménie y trouvent un foyer, tandis que d’autres trouvent l’asile dans des camps de réfugiés.

Quelle région laissent-t-ils derrière eux ? Une province de l’Azerbaïdjan à partir du 1er janvier 2024, qui a son tour sera source de conflits et génèrera encore des morts…

Kenzo

Guerre en Ukraine : le barrage de Khakovka et la contre-offensive ukrainienne

Deux évènements, en Ukraine nous intéresserons aujourd’hui. Dans la nuit du 5 au 6 juin 2023, dans l’oblast (région) de Kherson, on a observé la destruction du barrage de Kakhovka, sur le Dniepr. Les eaux ainsi retenues ont déferlé sur la campagne alentour, provoquant une catastrophe humaine et écologique. Le responsable est inconnu. Dans les jours suivants, on a observé que les Ukrainiens multipliaient les efforts sur certains points du front. Est-ce la « fameuse contre-offensive » tant attendue ? Quelles sont les conséquences de la destruction du barrage pour les plans de Zelensky ?

Cet évènement a été anticipé et redouté par l’état-major ukrainien, depuis le début de la guerre. Mais le scénario s’est produit, et plusieurs milliers d’habitants ont été évacués. Cela peut être une catastrophe écologique, les eaux polluées passées sur les villes finiront dans la mer ou contamineront les terres ukrainiennes… La protection de l’environnement en guerre est impossible ! Surtout, il ne faut pas oublier que ce barrage fournit de l’électricité à toute la région et que c’est une infrastructure civile.

Moscou prétend qu’il s’agit d’un sabotage de la part des Ukrainiens (ce qui est probable) alors que Kiev prétend que ce sont les Russes qui ont fait sauter ce barrage pour des raisons stratégiques (nous y reviendrons). En tout cas, c’est un crime de guerre, vu que le barrage est employé à des fins civiles. Malheureusement pour l’un et heureusement pour l’autre, il faut des preuves pour accuser de crimes de guerre devant la cour internationale.

Barrage de Kakhovka sur les eaux du Dniepr. L’aval est vers le bas de l’image. – merci Google Earth ! 😉

Quel est le lien entre la contre-offensive ukrainienne et la destruction du barrage ?

Même si certains se concentrent sur les conséquences humaines et écologiques de l’évènement, il ne faut pas oublier de citer les conséquences militaires, et donc de la guerre et la contre-offensive.

Tout d’abord, rappelons que cette guerre est faite de clins d’œil historiques et d’évènements russo-ukrainiens. Poutine prétend réhabiliter la grande puissance soviétique qu’était la Russie au 20e siècle et dont l’apogée a été la victoire de la « grande guerre patriotique » (WWII). Ainsi, s’il a détruit ce barrage, il fait référence aux généraux soviétiques qui ont décidé, face à la Blitzkrieg allemande en 1941, de faire sauter les barrages du Dniepr pour transformer le champ de bataille en bourbier, pour freiner les Allemands.

Parallèlement, les Allemands aussi ont utilisé cette technique d’inondation des terres pour ralentir les ennemis : en 1944, en Normandie, contre les Alliés, les Allemands ont inondé l’arrière pays Normand pour empêcher un parachutage allié. Ils ont aussi failli détruire les barrages des Alpes allemandes pour inonder les vallées allemandes afin de freiner les alliés qui fonçaient sur Berlin.

Ainsi, un camp comme l’autre peut utiliser cette technique (les Ukrainiens pour empêcher les Russes de prendre plus de territoire, les Russes pour enrayer la contre-offensive ukrainienne). Mais dans la logique actuelle des 2 camps, je penche plutôt pour une responsabilité russe, vu qu’ils sont en situation de défense, et les Ukrainiens veulent contre-attaquer. Donc les Ukrainiens ne veulent sûrement pas attaquer alors qu’il faut traverser un « lac » qui de plus a énormément de courant.

Si ce sont les Russes qui ont fait sauté le barrage, alors ils sont sacrément pas prévoyants car les pauvres soldats russes disposés en aval du fleuve ont vu arriver sur eux un véritable « ras de marée » d’eau soudainement libérée, et tout ça sans être prévenus !

Ainsi, pour un camp comme pour l’autre, les plans ne resteront pas inchangés. Alors, quand Zelensky annonce que « cet évènement ne changera pas les plans de la contre-offensive« , soit c’est du bluff (pourquoi pas), soit c’est vrai et là, c’est une grosse erreur, car cela certifie que la contre-offensive aura lieu autre part. Donc les généraux russes peuvent enlever des troupes au niveau du barrage et des zones d’inondation, pour les redéployer autre part et renforcer les défenses.

Macabre cette fois-ci : l’explosion du barrage a libéré les eaux retenues en amont, baissant le niveau de la surface, et dévoilant des vestiges archéologiques, datant de la Bataille du Dniepr en 1943, opposant Allemands et Soviétiques : des squelettes allemands disposant encore de leur casque, des armes soviétiques… Selon The Guardian, journal britannique, la Commission allemande des sépultures de guerre devrait regarder de plus près cela, après la guerre seulement !

Carte de situation. Au nord-est, on voit Bakhmout, où l’une des plus féroces batailles ukrainiennes a eu lieu. -image Kenzo

Et cette contre-offensive ? A-t-elle commencé ? Si oui, où en est-elle ?

Les faits sont là : un nombre indéterminé d’Ukrainiens, appuyés par des tout nouveaux blindés d’infanterie Bradley, ont attaqué sur certains points du front, butant contre les défenses russes. Indéterminés, car nos seuls chiffres sont ceux de la communication russe : Poutine, ce mardi 13 juin, annonce que les Ukrainiens ont subi des pertes « lourdes, catastrophiques, irréversibles« . Il affirme aussi que l’Ukraine a effectué sa « contre-offensive à grande échelle, avec l’utilisation de réserves préparées à cette fin » et que « l’ennemi n’a réussi dans aucune de ces zones« . Ce qui est moins vraisemblable : « environ 25 % ou peut-être 30 % de l’équipement » a été perdu, donc plus de 500 chars selon lui toujours !! Côté russes les pertes s’élèvent, toujours selon lui, à « 54 chars » qui « peuvent être réparés« .

Selon le spécialiste militaire Michel Goya*, ce sont des « chiffres fantaisistes annoncés par Vladimir Poutine« . De plus on ne peut pas faire état des pertes précises de chaque camp, et le chef du Kremlin ne sait strictement rien de ce qui se passe sur le front, il s’informe par ses conseillers…

Alors, est-ce la contre-offensive ?

Ce qui suit est à l’heure où j’écris (15 juin):

Comme on ne connait pas les plans précis de l’armée ukrainienne, on ne peut pas savoir si c’est la contre-offensive ou simplement des incursions coordonnées de la part de groupes ukrainiens mobiles et blindés. Même si on a des preuves qu’il y a eu usage de matériels militaires occidentaux, et que même Poutine l’affirme, je pencherais plutôt vers la deuxième possibilité : des actions de harcèlement pour épuiser les forces russes, pour leur faire croire à un début de contre-offensive… Parce qu’une vraie contre-offensive ne se mène pas comme une guérilla et engage considérablement plus de moyens !

A noter que toutes les tentatives ukrainiennes, et ce n’est pas un fantasme poutinien, ont été des échecs et qu’il y a eu quelques pertes, notamment quelques blindés occidentaux. Ces malheureux soldats ont buté sur les mines installées par les Russes.

Un article suivra sûrement pour mieux décrypter ce qui se passe ou si c’est vraiment une contre-offensive qui se profile. Il est aussi important de noter que le ministre ukrainien de la défense, Oleksii Reznikov, nous dit dans un tweet que « les plans aiment le silence ». L’avenir nous confirmera ou infirmera mes affirmations…

Kenzo

*Interview avec Michel Goya : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/contre-offensive-ukrainienne-les-chiffres-annonc%C3%A9s-par-poutine-sont-compl%C3%A8tement-fantaisistes/arAA1cxRyLcvid=d1a9123f827a4b50b615db851d252dba&ocid=winp2fptaskbarhover&ei=5

Les conséquences de la sécheresse menacent l’hexagone

Canaux asséchés dans la zone marécageuse de l’estuaire de la Charente (rive droite) à Saint-Laurent-de-la-Prée en août 2022 / photo Peccadille, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Cet été 2023, la température aura augmentée de 1,08°C à 1,32°C en moyenne, des sécheresses se sont déjà déclarées et se produiront encore durant cette période.

Dans l’ensemble du pays

La température a augmenté depuis deux semaine dans l’hexagone, selon info-secheresse.fr. Les nappes phréatiques se vident dans le sud-est et au centre de la France. Selon TF1, 37 départements sont déjà visés par des restrictions d’eau, 14 sont en état de « crise ».

Dans les régions

L’accès à l’eau et sa redistribution de l’eau donnent déjà lieu, à différents endroits du pays, à des conflits. Médiapart cite ainsi le cas de la Provence-Alpes-Côte d’Azur « la région veut étendre massivement l’irrigation [pour l’agriculture]. Un projet qui va exacerber les tensions, selon plusieurs scientifiques et écologistes » alors que « le « château d’eau » des Alpes est ébranlé par le dérèglement climatique ». Elle cite aussi le cas du Lot-et-Garonne où « les agriculteurs essayent d’avoir de l’eau jusqu’à même faire une « guerre de l’eau » sur le lac artificiel de Caussade » et elle cite également le cas la préfecture du Puy-de-Dôme qui « a instauré pour deux mois des limitations à l’usage de l’eau potable par les habitants dans une trentaine de communes », tandis que le géant de l’eau en bouteille, Volvic, semble être épargnée par ces mesures.

L’état des nappes phréatiques après un hiver faible en précipitations

L’été à venir semble devoir être particulièrement critique surtout, selon TF1, « après un hiver marqué par un niveau excessivement faible de précipitations et malgré un retour de la pluie au printemps« . Cette situation est extrêmement grave car plus de 2 tiers de notre consommation d’eau vient des nappes phréatiques et 1 tiers de l’eau de ces nappes est utilisé par le secteur agricole.

Bao

Sources :

Image libre de droits de : https://pixabay.com/fr/photos/la-s%C3%A9cheresse-7806690/

Article de Bao Nam

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Chute de Bakhmout, analyse

C’est la fin d’un bras de fer russo-ukrainien. Bakmout, position clé du Donbass, cette région fertile et industrielle, riche en minerais, et surtout russophone… La nouvelle tombe comme un choc en Occident, où on attend encore avec impatience et appréhension la « fameuse » contre-offensive ukrainienne, où seront testés pour la première fois les matériels lourds occidentaux…

Dans notre précédent article, nous avons posé le contexte : des Russes plus agressifs mais posés que jamais, mettant au centre du front une pression énorme pour briser la ligne ukrainienne. Les Ukrainiens, en tout cas acceptent le combat, et ajoutent des troupes au fur et à mesure que la Russie en rajoute, de gré ou de force (sous la pression des Russes).

De gré, s’ils veulent volontairement engager un combat d’attrition. Une guerre d’attrition est une guerre où les deux camps qui s’opposent ne font pas beaucoup de manœuvres (encerclement…) et se contentent de tenir une ligne, en essayant d’infliger le plus de pertes à l’ennemi, de l’épuiser. Et cette conduite de guerre est très avantageuse pour l’Ukraine, vu que la Russie est seule face au monde, croule déjà sous les sanctions économiques, et qu’elle n’a pas un stock infini de munitions, de missiles… Alors que l’Ukraine a des alliés puissants et nombreux. Mais c’est une stratégie à long terme : la Russie a montré qu’elle pouvait vaincre dans le court terme en prenant Bakhmout.

Il est à préciser que l’essentiel des troupes Russes à Bakhmout sont des mercenaires Wagner.

Situation de janvier/février jusqu’à début mai

Entre temps, le contexte n’a pas trop changé. Les Russes ayant l’avantage numérique écrasant (à peu près le double des forces ukrainiennes), ont avancé lentement sur Bakhmout, ont pris rue par rue la ville et ont chassé les Ukrainiens de la ville. Néanmoins ce n’est pas une percée, comme je l’avait prédit dans mon précédent article, les Russes ayant pris juste la dernière rue qu’il leur fallait pour opérer cette opération de communication : « Nous avons pris Bakhmout ! »

Ainsi la ligne ukrainienne n’est en rien changée, et l’Ukraine n’est ni désorganisée, ni asphyxiée par les Russes. De plus, c’est bien une revendication russe, et les Ukrainiens revendiquent toujours tenir la banlieue.

Bakhmout est aussi le symbole du bras de fer entre Poutine, le pouvoir, et les oligarques, qui ne sont rien sans Poutine, mais Poutine n’est rien non plus sans ces oligarques. La milice Wagner, détenue par un oligarque, Prigogine, symbolise le pouvoir des superprofits russes. Sans cette milice, aux méthodes cruelles et sans pitié, l’avancée à Bakhmout aurait été grandement compromise. Une puissance face à l’armée régulière, qui représente Poutine mais dont la base est peu motivée car conscrite.

Mais pourquoi les Russes ont-il mis autant de temps pour contrôler intégralement cette ville, malgré leur avantage numérique ?

Déjà il faut remettre en question la doctrine d’offensive russe. Les Russes pratiquent une guerre « à l’ancienne ». En dénombrant les morts lors des bombardements d’artillerie russes, on se souvient de 14-18 où, pour bien préparer une offensive, l’artillerie était essentielle. Cette intense utilisation des canons permet certes un plus grand nombre d’explosifs lancés, mais la précision est vraiment médiocre… Ainsi ce sont plus les civils qu’on tue alors que les objectifs initiaux étaient bien les positions ukrainiennes. Ceci est une grande erreur, quand on pense que les bombardiers, aujourd’hui, sont extrêmement précis et qu’il suffirait d’en envoyer un pour faire l’équivalent du travail de centaines d’obus !

Cette attitude peut s’expliquer par le fait qu’un avion de chasse aujourd’hui coûte extrêmement cher (on parle de 70 millions d’euros pour un Rafale) et que s’il est détruit, on perd beaucoup d’argent.

Ainsi, pas d’avion, et il faut donc engager des moyens colossaux pour détruire une position fortifiée ukrainienne, par exemple, en comptant la logistique, l’entretien des canons… L’alternative de l’avion chasseur bombardier peut être le drone, si brillamment exploité par l’Ukraine. Mais pour l’instant, les Russes sont restés médiocres dans ce domaine.

Deuxièmement, les Ukrainiens étaient très attachés à Bakhmout. Perdre cette ville aurait été mal pris par les soldats qui défendaient cette ville depuis des mois comme en 1942-43, à Stalingrad, où les Soviétiques n’ont rien lâché, et ont su vaincre les armées du Reich.

Pourquoi l’Ukraine tenait tant à Bakhmout ?

Premièrement, dans cette bataille, il faut l’admettre et regarder les chiffres dans les yeux : il y a eu des milliers de morts et des milliers de familles brisées. C’est froid à dire, mais ces morts n’ont pas été vaines : on estime que pour un Ukrainien tué, il y avait 2 Russes perdus. Ainsi, sur les 50 000 Ukrainiens morts au combat, il y eut 100 000 morts côté russe. Situation très avantageuse pour Zelensky qui voit l’épuisement des forces russes par rapport aux siennes… C’est exactement une situation d’attrition, mentionnée plus haut… Les maths ne font pas de quartiers !

Deuxièmement, cette guerre est avant tout une guerre de communication : il faut montrer au monde qu’on est les meilleurs. Ainsi, il ne faut surtout pas perdre ce bras de fer. Mais cette guerre est aussi une guerre de références au passé orageux russo-ukrainien. Ainsi, la bataille de Bakhmout est souvent comparée à la bataille de Stalingrad, dont on a fêté les 80 ans cette année, qui s’est déroulée sur le sol russe pendant la « grande guerre patriotique » (pour les Russes) ou « seconde guerre mondiale » pour les Occidentaux. A Stalingrad, ce sont bien les Russes (les Soviétiques) qui ont gagné. Renvoyer la référence de la victoire à Bakhmout aurait été exceptionnel pour Kiev.

Cela nous rappelle que c’est l’Histoire qui alimente cette guerre, et que si le peuple ukrainien et le peuple russe sont si fracturés, c’est avant tout pour des causes et des revendications historiques…

Kenzo

Vertbaudet, une entreprise qui était au cœur d’une grève

Une boutique Verbaudet au Quatre Temps à la Défense / Mickael Denet, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Les salarié.e.s de l’entreprise Verbaudet, une entreprise de vêtements pour enfants située à Marquette dans le Nord, ont gagné : en grève avec la CGT, la CFDT et FO depuis le 20 mars pour une augmentation de leur salaire, ils et elles ont obtenu avec satisfaction leur victoire.

Cette lutte a été symbolique. En effet, la situation des ouvrières de l’entreprise est particulièrement représentative des conditions de travail d’un grand nombre de femmes employées au SMIC ou à de très bas salaires et/ou soumises au temps partiel. Conditions qui deviennent insupportables en période d’inflation.

Malgré l’intervention des policiers sur le piquet de grève le 16 mai, malgré des accusations de violences policières de la part de grévistes évacué.e.s par les forces de l’ordre, malgré des violences rapportées par un délégué CGT qui aurait été frappé et volé par des personnes se présentant comme des « policiers en civil », malgré la convocation par la direction de certain.e.s employé.e.s pour des entretiens préliminaires à licenciement… les salarié.e.s ont tenu bon.

Ils et elle ont repris leur travail le mardi 6 mai en ayant obtenu au minimum 4% d’augmentation de leurs salaires bruts et l’assurance, selon Amar Lagha, secrétaire général de la CGT-Commerce et Services « qu’aucune sanction ne sera prise contre les grévistes, […] et le versement aux grévistes du 13e mois sans déduction des jours de grève« .

Bao Nam

Sources :

Lindsay : « J’espère de tout cœur que ce que j’ai fait aura servi à quelque chose »

Vous connaissez sûrement la triste histoire de Lindsay qui a fait réagir toute la nation française. Une jeune adolescente, nommée Lindsay, était harcelée avec une violence et une brutalité bien trop dure à imaginer. Des moqueries, des insultes, des menaces, chaque jour de sa vie, pendant des mois… Ne pouvant plus supporter cette vie infernale, la jeune fille a mis fin à ses jours, à 13 ans, le 12 mai dernier.

Ce n’est pas la première fois que des faits de harcèlement poussant au suicide sont rapportés (on pense toujours au jeune Lucas, 13 ans aussi, qui s’est suicidé le 7 janvier 2023) mais cette histoire a fait particulièrement réagir par le fait que de nombreuses personnes avaient été mises au courant de la situation et n’ont pas respecté leur devoir de protéger la collégienne. En effet, sa mère et elle avaient prévenu le principal de l’établissement qui ne voulait rien entendre et disait qu’elle l’embêtait avec ses sottises, elles avaient déposé plainte, et la mère avait aussi envoyé le dossier médical de Lindsay très alarmant ainsi qu’une lettre de Lindsay, sur laquelle nous reviendrons quelques lignes plus bas, à l’académie, au directeur et à la police. Elle en est même venue à écrire au président Emmanuel Macron. La mère a tout essayé pour sauver sa fille mais comme elle le dit elle même : «J’ai tout essayé, j’ai tout fait. On n’a pas été aidés, on a été lâchés, complètement. Aucun soutien, ni avant, ni pendant, ni après».

Lindsay, durant son harcèlement avait écrit une lettre très touchante pour sa mère et son beau-père :

 » Chers parents, si vous lisez cette lettre c’est que je suis sûrement partie. Je suis désolée d’avoir fait ça mais je n’en pouvais plus des insultes matin et soir, des moqueries, des menaces. Je n’en peux plus et j’ai envie d’en finir. Mais rien ne les arrêtera car malgré tout ce qu’il s’est passé, elles me voudront toujours du mal. Pardon maman je suis partie rejoindre papa (son père est décédé lorsqu’elle avait 3 ans) et j’espère de tout cœur que ce que j’ai fait aura servi à quelque chose. Je pense que ce que j’ai fait va les réjouir. Elles penseront qu’elles ont gagné et arrêteront tout ça. Je ne pouvais même pas me confier au directeur car il ne voulait rien entendre. La seule chose que je pouvais faire était de partir. Faites attention à Maëlys et ce qui pourrait lui arriver. Faites attention à vous, au revoir. « 

Maëlys était l’amie de Lindsay, en effet certaines de ses amies sont toujours victimes de harcèlement.

Suite au suicide de Lindsay, quatre plaintes ont été déposées récemment pour non-assistance à personne en péril, informe l’avocat de la famille, Me Pierre Debuisson. Une contre le principal du collège de Lindsay, une contre l’académie de Lille, une contre les policiers en charge de l’enquête et une contre Facebook France et Instagram France. Quatre mineurs et une majeure ont été mis en examen pour harcèlement ayant conduit au suicide et menaces de mort.

Après la mort de la jeune fille, le gouvernement a réagi. Pap Ndiaye, ministre de l’Education dénonce un « échec collectif » notamment lié aux réseaux sociaux qui ne modèrent pas assez les propos vulgaires et violents envoyés et postés. En effet, on peut encore voir des commentaires qui n’ont pas lieu d’être comme : « Lindsay est enfin morte », « Je vais cramer sa tombe » ou « Nous irons pisser sur sa tombe ». Pap Ndiaye a dit vouloir « mettre sous pression de manière plus accentuée » les réseaux sociaux et assure qu’il se charge de l’enquête personnellement. Il a également rappelé les numéros à appeler en cas de harcèlement ou cyberharcèlement qui sont le 3020 et le 3018, ce dernier pour les cyberviolences, tous les deux anonymes et gratuits. Elisabeth Borne, quant à elle, a affirmé que la lutte contre le harcèlement scolaire sera « une priorité absolue » à la rentrée 2023. Brigitte Macron, très investie dans la lutte contre le harcèlement, a été très touchée par l’histoire de Lindsay et a rencontré ses parents hier après-midi, proposant à la mère de devenir ambassadrice contre le harcèlement. Sur les réseaux sociaux, de nombreux messages pour rendre justice à Lindsay circulent.

Comme l’a souligné l’avocat de la famille de Lindsay, « Il ne s’agit pas forcément d’envoyer les gens en prison, il s’agit de faire réagir« .

Justine

Droit de manifester, trouble à l’ordre public ? Retour sur un défilé néonazi

Le samedi 6 mai, deux jours pile avant la commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale, un défilé constitué de néonazis a manifesté dans les rues de Paris avec des symboles d’extrême droite comme par exemple la croix celtique ou le salut nazi qui a été fait par beaucoup de manifestants.

Ces personnes ont manifesté en honneur de Sébastien Deyzieu, un militant d’extrême droite proche du GUD (GUD : Groupe union défense, un groupe étudiant d’extrême droite connu pour sa violence, très actif dans les années 1970), mort accidentèlement en 1994 après une course-poursuite avec la police. La manifestation avait pour point d’arrivée la rue de Chartreux (VIème arrondissement) où est mort ce militant.

Cette manifestation, très relayée par les médias et les réseaux sociaux a choqué un grand nombre de gens et de personnalités politiques qui trouvaient cette manifestation honteuse et on a pu se demander comment un préfet pouvait autoriser une chose pareille. Comment et pourquoi ?

« Moi, je n’autorise pas des manifestations, elles sont déclarées et j’ai la possibilité de les interdire. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Ce n’est pas parce qu’on n’interdit pas une manifestation qu’on la cautionne », a déclaré Laurent Nunez, le préfet, au micro de Quotidien. « Il y a des conditions juridiques (pour l’interdire). Il faut que cette manifestation soit susceptible de créer des troubles à l’ordre public : des dégradations, des violences, des affrontements entre personnes… » 

Cette déclaration interroge donc sur ce que l’on entend par « trouble à l’ordre public« 

Selon Wikipédia, le trouble à l’ordre public peut survenir :

  • du fait d’une personne seule, qui commet des actes ou tient des paroles déplacées (ivresse publique et manifeste, exhibitionnisme), (tapage diurne, tapage nocturne) ;
  • d’actes collectifs, comme des manifestations ou des émeutes et, plus particulièrement en droit français d’attroupements (art 431-3 du Code Pénal). Il s’agit d’apprécier au cas par cas [c’est nous qui soulignons] dans quelle mesure la manifestation est éligible au droit de réunion en donnant ou non un « permis de manifester ».

On ne conteste évidemment pas le droit de manifester, c’est le traitement de ce « au cas par cas » qui semble parfois compliqué à comprendre : des casserolades ont pu être interdites tandis que des faschistes ont pu défiler.

En ce qui concerne la manifestation du 6 mai, des troubles de l’ordre public n’étaient-ils pas envisageables étant donné la présence de manifestants proches du GUD et alors que le GUD est connu pour sa violence ? D’ailleurs, selon Le Parisien libéré, certains incidents ont pu être observés pendant la dispersion des manifestants : un passant qui aurait fait un doigt d’honneur aurait été piétiné et frappé. La veille même de cette manifestation, dans une circulaire, la préfecture avait autorisé l’utilisation des drones pour surveiller le défilé car « La commémoration de la mort de Sébastian Deyzieu […] constitue une incitation à causer d’importants troubles à l’ordre public. »

Ce qui est sûr, c’est que de nombreux individus ont pu être observés le visage dissimulé alors que selon l’article 1 de la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 stipule que : « Nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage. »

Bao Nam

Incursion de Belgorod : la Russie envahie par des Russes

Ce lundi 22 mai, des Russes pro-ukrainiens faisant partie de l’armée ukrainienne, se définissant comme des « groupes armés anti Kremlin » pour « la liberté de leur pays sous joug Poutine », ont fait et revendiqué une incursion dans la région frontalière de Belgorod, en Russie. C’est une première militaire, mais cela montre aussi le fonctionnement de la communication ukrainienne comme de la communication russe…

Tout d’abord, il faut comprendre que des milliers de combattants russes ont rejoint et se sont réfugiés en Ukraine pour « libérer la Russie et renverser Poutine ». Rien que ça ! Pour eux, cela passe par l’échec de l’armée russe. Certains de ces groupes sont des unités intégrées à l’armée ukrainienne, d’autres sont indépendants.

Ces soldats sont recherchés par les autorités russes, ils sont donc cagoulés. Il y a des Russes ethniques (les Blancs) mais une grande part d’ethnies minoritaires comme des Tchétchènes qui sont contre le régime russe.

Qu’ont ils fait ?

Lundi 22 mai, certains de ces groupes armés ont fait une incursion dans l’oblast de Belgorod, au Nord de Kharkiv, en Ukraine. Ils ont attaqué des postes frontières, et des vidéos de soldats russes morts ont été diffusées sur les réseaux. Les soldats « de la liberté » se sont infiltrés profondément en territoire russe.

A midi, ils revendiquent la prise d’un village. Vers 15h, ce sont trois autres villages qui sont filmés avec les légionnaires de la liberté russes, preuve de leur avancée qui dépasse les attentes. Ces soldats capturent même des blindés russes et défilent avec !

Dans l’après midi, on aperçoit plusieurs explosions (de dépôts de munition sûrement). Les Russes semblent réagir. On se demande quand même comment les Russes se sont fait avoir sur leur propre territoire !

Les pauvres civils Russes qui n’ont pas pu faire leurs courses ! 😉

Avancée des légions libres russes – image Kenzo

Les réactions

L’Ukraine défend toute implication alors que les deux groupes russes pro-ukrainiens la revendiquent. Cela a surpris la communauté internationale car d’habitude elle ne commente pas les évènements, même si elle est responsable de ceux-ci. Ses membres ont toutefois insisté sur le fait que ce sont bien des Russes, et non des Ukrainiens qui ont commis cet acte.

Côté russe, c’est confus et incohérent (un peu comme toujours…). Au début, les autorités commencent par s’inquiéter. Puis le gouverneur de la région indique dans une vidéo qu’il n’y a aucun problème, mais on sait qu’il parle de nouvelles inquiétantes dans une réunion, et finalement il affirme que les évènements sont des fakes news. Affirmation mensongère vu que sa femme est aperçue à l’aéroport par les caméras de surveillance pour prendre l’avion et s’enfuir.

Finalement, le gouverneur reconnait un danger. C’est la panique dans la population, il y a des civils qui fuient avec les conséquences que ça a (embouteillage, émeutes…). Les Russes ont activé une opération antiterroriste et pendant plusieurs heures, l’armée russe a pilonné les positions des Russes pro-ukrainiens. Cette opération antiterroriste consiste à renforcer le contrôle de véhicules et d’identité. De plus, des vidéos ont été diffusées, montrant des hélicoptères militaires russes jetant leurs leurres (actions défensives), preuve de l’incontrôlabilité de la situation pour les Russes. Puis, quand tout danger semblait écarté, ils ont levée l’opération.

Les Russes ont quand même évacué un stock d’ogives nucléaires qui était à seulement 14km de l’avancée russo-ukrainienne !

Stock d’ogive nucléaire à 20km de la frontière ukrainienne – image google earth

Un exemple de communication en temps de guerre

Toutes ces incohérences, d’un côté comme de l’autre peuvent faire réfléchir. La communication russe consiste à se crédibiliser auprès de sa population, et à justifier cette guerre par notamment des arguments historiques (Stalingrad…) mais aussi en se montrant faible par rapport à l’OTAN, et donc présenter cette guerre comme une guerre de défense. L’Ukraine, quant à elle, doit rassurer ses alliés occidentaux et se crédibiliser auprès d’eux. Donc, pas de dérives, de crimes de guerre, ou n’importe quelle action qui scandaliserait la presse occidentale. Sa communication est donc axée sur les « méchants Russes » et les « gentils Ukrainiens » défendant leur patrie.

Ici, l’Ukraine a tout simplement nié tout implication. En effet, si elle avait revendiqué cet incursion, ça aurait pu vouloir dire qu’elle s’attaquait directement à la Russie. La dernière fois, elle a frappé une base russe, mais un terrain militaire seulement. Ici, ce sont bien des territoires habités par des civils russes qui ont été investis. Ainsi, l’Ukraine n’a pas du tout intérêt à revendiquer cette attaque même si elle l’a planifiée (c’est probable, vu que ça a vulnérabilisé la Russie).

Du côté russe, on essaie de minimiser les évènements, pour ne pas faire peur à la population. Surtout, c’est une Russie humiliée qui envoie ses troupes pour l’opération « anti-terroriste ». Cela se comprend qu’elle minimise ainsi les effets. Certains suspicieux émettent même l’hypothèse que cette opération a été planifiée de A à Z, communication comprise, par la Russie ! Même si les Russes sont capables de telles choses et que cela « incriminerait » l’Ukraine c’est peu probable, et ça serait un mauvais coup pour la population russe qui a souffert.

Les conséquences militaires et géostratégiques

Certains spécialistes émettent l’hypothèse, probable, que l’Ukraine a été informée avant cette incursion, et donc qu’elle aurait été silencieusement d’accord. De plus, certains « soldats de la liberté » faisaient partie de l’armée ukrainienne, et ils sont donc sous la responsabilité de l’Ukraine. Enfin, les conséquences suivantes de ces évènements sont toutes à l’avantage de l’Ukraine :

  • Pour la Russie, ces incursions signifient que sa ligne de défense (cf. carte plus haut) est tout simplement… inutile ! De plus, cette ligne a couté horriblement cher… Certains oligarques russes auront des comptes à rendre, car on peut émettre l’hypothèse que cette ligne de défense a servi à blanchir l’argent de certains riches…
  • Cet exploit intervient alors que les troupes stationnées depuis un hiver sur le front attendent les ordres d’attaquer, patiemment… Et le moral s’use avec le temps. Le fait de savoir que la Russie s’est fait avoir regonflerait le moral des troupes, surtout que l’Ukraine prépare une énorme contre-offensive.
  • Cet effet de moral est accentué car l’Ukraine, en niant toute responsabilité, fait référence aux évènements du Donbass en 2014, alors que des troupes russes avec des blindés prennent position dans l’Est ukrainien, et bien sûr Poutine prétend qu’ils sont… en vacances, avec les blindés qu’ils ont emmenés avec eux ! Là aussi, les troupes russo-ukrainiennes étaient armées de véhicules ukrainiens, mais Kiev prétend que ce sont des blindés… achetés sur place, n’appartenant pas aux forces ukrainiennes ! C’est l’Ukraine qui en profite pour se « foutre de la gueule » de la Russie !
  • Purement militaire, à présent : cette action permet de faire prendre conscience aux Russes qu’ils sont vulnérables à leur frontière, et les inciter à engager plus de troupes dans ces zones. Cela veut dire « déshabiller » le front ukrainien, enlever les réserves, et fragiliser la ligne… Ainsi, la Russie perd sa liberté d’action, cela veut dire que l’Ukraine aura plus de facilités à dicter le cours de la bataille dans les prochains mois, et donc que la contre-offensive qui se prépare aura plus de chances de réussir.
  • En terme de politique intérieure, la Russie va forcément se sentir menacée. Une aubaine pour Poutine : cela justifiera la levée en masse de plus de jeunes hommes. Mais à bien y réfléchir, c’est une victoire à la Pyrrhus : si Poutine se sent menacé, il lèvera plus d’hommes, s’il lève plus d’hommes, il ne fait qu’augmenter le mécontentement des gens, et précipite une éventuelle révolte… etc. C’est l’objectif initial des légionnaires libres russes : renverser Poutine et la dictature qui va avec ! De plus, cela affaiblira simplement la Russie, c’est bon à prendre pour l’Ukraine

Ainsi, au delà de 7 kilomètres en profondeur pris par les légions libres russes, c’est tout un pays et le destin de milliers de combattant qui est en jeu…

Raphaël et Kenzo

Guerre en Ukraine : la menace de Wagner

Evguini Prigojine, le dirigeant de la milice russe Wagner qui combat actuellement les Ukrainiens dans le Donbass, a menacé de retirer ses hommes de la ville de Bakhmout.

Dans une première vidéo, postée le 4 mai sur Telegram, filmé devant des miliciens de Wagner morts, il accusait les dirigeants de l’armée Russe de ne pas lui livrer assez de munitions pour ses soldats et les mots qu’il emploie sont d’une grande vulgarité. Dans une seconde vidéo, le 5 mai, il annonce : « Mes hommes ne vont pas rester à Bakhmout pour s’y faire tuer sans munitions, sans raison et sans justification. C’est tout. Merci ». Et dans une troisième video, le même jour, il s’en prend nommément au ministre de la Défense Sergei Choigou et à Valéri Guerassimov, le chef de l’état-major de l’armée.

Le ministre de la défense Sergei Choigou affirme de son coté que la livraison de balles et d’ obus est parfaitement bien gérée. Alors que les Ukrainiens se préparent à une contre-offensive, c’est un bras de fer qui se joue entre les deux dirigeants russes. En effet, chacun pense à son avenir et à qui apparaitra comme « l’homme fort » de la Russie. Selon certains analystes, c’est aussi pour Prigojine une façon de faire porter à d’autres la responsabilité du peu de succès de son engagement à Bakhmout. En effet, depuis neuf mois, la ville résiste à Wagner.

Raphaël

Pour en savoir plus sur Prigojine et le groupe Wagner

Le couronnement de Charles III

photo Katie Chan, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Le couronnement de Charles III a eu lieu le samedi 6 mai à midi à l’abbaye de Wesminster, diffusé par pas moins de six chaines télévisées en France pour près de 9 millions de spectateurs.

Durant cette cérémonie il y a eu une messe (des chants). La famille royale était présente mais pas complètement réunie car Megan Markle, la femme du prince Harry et ses enfants n’étaient pas là. Bon nombre de célébrités avaient aussi été conviées, dont la chanteuse américaine Katy Perry, des dirigeants politiques comme Emmanuel Macron, le premier ministre britannique Rishi Sunak ou encore des rois du monde entier dont la princesse Kiko du Japon et le roi et la reine d’Espagne.

Durant la cérémonie, le roi a affiché une tête d’enterrement et a ensuite distribué quelques sourires à ses sujets dans son carrosse de Cendrillon couvert d’or. Camilla avait un robe tellement grande qu’il lui fallait plusieurs personnes pour en porter la traine !

On a pensé d’une part que le Royaume-Uni est coupé d’un partie du monde car il a encore des rois et des reines (c’est pour nous une chose ancienne), et d’autre part que la cérémonie était morose.

Le 7 mai, la famille royale a partagé le déjeuner du couronnement et le 8 mai était un jour férié pour tous les Anglais.

Aurélien, Samuel