80 ans du Débarquement, des anniversaires hautement politiques (2/2) : le Débarquement, une douloureuse humiliation française

A l’occasion des 80 ans du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944, cette mini-série d’article se propose de porter un regard critique à l’égard du Débarquement mais aussi des récupérations politiques et idéologique qu’il a subi.

Monument aux morts du commando Kieffer / photo Falcon photography via Flickr

A l’occasion des 80 ans du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944, des commémorations sont organisées ce jeudi. Vous avez sûrement vu passer dans les médias l’information des commémorations et d’innombrables dossiers spéciaux sur le Débarquement. Ici, Je ne vais pas vous faire le déroulé de la cérémonie ni celui du Débarquement mais évoquer l’évincement de la France libre du Débarquement par les anglo-américains : une véritable humiliation que De Gaulle ne digèrera jamais.

On peut affirmer que les Français libres du général de Gaulle ont quasiment été inexistants lors du Débarquement. Tout ce que l’on retient, ce sont les 177 soldats du commando Kieffer, qui débarquèrent à Sword Beach sous commandement britannique. Ceux-là sont particulièrement connus et vantés par la propagande française.

Mais le Débarquement, cela on le sait moins, a eu surtout un goût amer pour la France. Cette France libre qui, même si elle combattait aux côtés des Alliés, était sous-estimée. Ce mépris vient bien sûr de la défaite de 1940, et le passage de la France « officielle » de Vichy du côté Allemand. Et ce malgré les exploits tricolores de Bir Hakeim (printemps 1942) ou d’Italie (hiver-printemps 1944). Les Britanniques et les Américians ne les voyaient ainsi pas capables de mener un débarquement, il était donc inutile pour eux de se rajouter une contrainte de coordination en faisant participer des Français au Débarquement. En revanche, ils voyaient les Forces françaises libres utiles sur les fronts méditerranéens, afin de relever des unités anglo-saxonnes pour le Débarquement. Cette situation est très bien résumée par De Gaulle : « Par commodité, [les Anglo-Saxons] cherchaient à utiliser les Forces françaises pour les buts qu’eux-mêmes avaient fixés, comme si ces forces leur appartenaient« .

De plus, De Gaulle n’est pas vraiment populaire : Churchill et surtout Roosevelt voient en lui qu’un « trublion ambitieux » et ce dernier « représente tout ce que Roosevelt n’aime pas dans la France : soif de grandeur, ego surdimensionné et donneur de leçon« , selon le magazine Guerres & Histoire. Bref, le démocrate américain et De Gaulle se détestent, même si ce sentiment est plus modéré chez Churchill dont l’opinion publique ne comprend pas le mépris pour les frères d’armes de 1940.

En conséquence, le Général n’a pas été prévenu des préparatifs du Débarquement et n’a pas eu son mot à dire. Ce n’est que deux jours avant le D-Day qu’il a été prévenu d’un débarquement et je vous laisse imaginer sa colère ! C’est une véritable humiliation. Un jour après, il est convoqué dans le QG de Churchill et les deux hommes vont avoir une discussion orageuse. De plus, est évoqué le sujet épineux de la France d’après-guerre, sujet de conflit entre De Gaulle et Roosevelt : alors que le premier défend une France souveraine, et non pas une colonie US à la charge d’une administration yankee, l’autre espère bien influencer la politique tricolore : il a déjà imprimé des francs, factices selon De Gaulle.

Même la fameuse 2e Division Blindée du Général Leclerc, dont on dit qu’elle fera le Débarquement, n’a débarqué que… le 1er aout 1944, à Utah Beach, donc bien après les combats amphibies !

Toute sa vie, De Gaulle gardera cette opinion que le Débarquement de Normandie du 6 juin 1944 n’a été qu’une affaire d’Anglo-Américains : même le commando Kieffer était intégré à une chaîne de commandement 100% britannique…

Le débarquement de Provence, un débarquement plus français ?

C’est pour cela que De Gaulle, redevenu entre temps chef de l’Etat, a refusé de participer aux commémoration des 20 ans (1964), jugeant là encore que c’était une affaire d’Anglo-Américains. D’ailleurs, 2 ans plus tard, pour bien montrer que la France n’était pas qu’un simple Etat à la botte des States, il se retirera de l’OTAN, preuve encore de sa distance avec ses anciens alliés.

Au contraire, lui préfère de loin le Débarquement de Provence (15 aout 1944), opération amphibie menée essentiellement par des troupes se battant sous le drapeau français, et surtout commandée par un Français, le Général Lattre de Tassigny. Il a permis de libérer le Sud-Est, la vallée du Rhône et la Bourgogne et permit de rallier les Alliés dans le Nord de la France, apportant ainsi des troupes françaises au contingent allié.

Après avoir dit tout ça, notre chef d’Etat devrait il se rendre aux commémorations ? Devrait il s’inscrire dans la lignée du Général De Gaulle ? C’est à lui de décider, même s’il est du genre à faire beaucoup de cadeaux aux Américains…

Rappelons cette phrase de De Gaulle : « Le Débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Il étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! […] Et vous voudriez que j’aille commémorer ce débarquement qui était le prélude à une seconde occupation du pays ?« .

Kenzo

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