
A l’occasion des 80 ans du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944, cette mini-série d’articles se propose de porter un regard critique à l’égard du Débarquement mais aussi des récupérations politiques et idéologique qu’il a subi.

A l’occasion des 80 ans du Débarquement en Normandie le 6 juin 1944, des commémorations sont organisées ce jeudi. Vous avez sûrement vu passer dans les médias l’information des commémorations et d’innombrables dossiers spéciaux sur le Débarquement. Ici, Je ne vais pas vous faire le déroulé de la cérémonie ni celui du Débarquement mais évoquer comment le Débarquement a pu être récupéré dans la propagande/communication après la Seconde Guerre Mondiale, notamment par l’Oncle Sam.
Rappelons le, ce n’est pas la première commémoration organisée en l’honneur du Jour J. Pour la première année d’Overlord, en 1945, on pouvait y voir plusieurs personnalités britanniques. Déjà, le D-Day était vanté pour être le commencement de la Libération de la France. Plus tard, d’autres grandes commémorations ont eu lieu, comme en 1964, ou en 1984.
America first contre le IIIe Reich ?
Malheureusement, comme toujours, l’évènement historique est récupéré par les politiciens pour des raisons idéologiques et de propagande. Rappelons que, juste après la Seconde Guerre Mondiale, a lieu la Guerre Froide, qui a opposé les anciens Alliés de la Seconde Guerre Mondiale : le bloc occidental dominé par les Etats-Unis et le bloc « communiste » dirigé par l’URSS.
Dans ce contexte, le Débarquement de Normandie apparaît pour les Anglo-Saxons et particulièrement les USA comme un évènement historique à exploiter dans la propagande. En effet, si le Reich a finalement pu être abattu, c’est avant tout grâce au monstre de guerre soviétique, qui a déployé le plus d’hommes et subi les plus lourdes pertes. Il faut donc pour Washington prouver que les Américains sont, eux aussi, des gagnants de cette guerre, qu’ils ont libéré l’Europe… Voire même plus : que l’Oncle Sam est LE gagnant de la Seconde Guerre Mondiale.
Même après la Guerre Froide, la mémoire du Débarquement est toujours utile pour Washington : en 1994, pour montrer sa position de « gendarme du monde », en 2004 pour calmer le jeu après l’invasion de l’Irak à laquelle la France s’est opposée, en 2014 alors que Poutine menait des « opérations spéciales » en Ukraine…
Ainsi le Débarquement est récupéré par les Etats-Unis, ce qui se fait au détriment des autres nations qui ont participé à ce débarquement, comme le Royaume-Uni et l’Empire britannique en général. Ce dernier a quand même fourni l’essentiel de l’effectif : 94 000 soldats de Sa Majesté ont ainsi débarqué le 6 juin 1944, contre 60 000 Américains. De plus, dans la légende de ce Débarquement, ces soldats sont présentés comme moins braves que les « courageux GIs US », alors que, encore une fois, ce sont eux qui ont débarqué avec le plus de succès !
Plus généralement, ce sont les forces de 15 nations qui ont participé au débarquement : alors revisitez les images de Il faut sauver le soldat Ryan sur la boucherie d’Omaha Beach : le débarquement, ce n’est pas que ça.
Kenzo