
Haut Karabagh, le 19 septembre. Dans cette région du massif montagneux du Caucase, des soldats aux couleurs azéries (d’Azerbaïdjan) se lancent à l’assaut des monts qui ne sont plus sous leur contrôle, mais qui font pourtant officiellement partie de leur pays. Leur objectif : reprendre cette région aux mains des Arméniens, qui habitent le pays voisin. Leurs efforts seront récompensés : le cessez-le-feu est signé après 24h de combats. S’ensuit alors un exode de la population du Karabagh. Comment en est-on arrivé là ?

Aux origines
Un petit retour en arrière s’impose : les Arméniens formaient un très grand peuple, qui allait des rives de la Méditerranée (actuelle Turquie, Liban et Syrie), jusqu’aux monts du Caucase. Sa présence est mentionnée dès l’époque grecque (région tampon entre la Grèce et la Perse), puis romaine, la Ville ayant eu des conflits avec ce pays. C’est aussi, alors que le christianisme naissait, le premier Etat à adopter le christianisme comme religion d’Etat, avant les Romains, en 301. Ainsi les Arméniens sont restés chrétiens, jusqu’à aujourd’hui, traversant successivement domination romaine, arabe, puis turque et russe.
En effet, l’Arménie fut partagée en deux entre la Russie et l’Empire ottoman (ancienne Turquie), au cours du XIXe siècle. Les Arméniens qui vivaient en Turquie subirent un génocide en 1915. Il ne restait quasiment plus d’Arméniens en Turquie, l’essentiel d’entre eux vivait donc dans l’Empire russe, en actuelle Arménie.
Lors de la composition de l’URSS (Union des République Socialiste Soviétiques), dans les années 20, c’est Staline, alors haut fonctionnaire, qui eut à créer deux république socialistes au Caucase, en se fondant si possible sur les cultures et religions locales. Il traça les frontières actuelles (voir carte), mais eut la bêtise d’attacher le Haut Karabagh (peuplé d’Arméniens chrétiens), à l’Azerbaïdjan musulman.
Tant que ces deux républiques furent sous tutelle soviétique, il n’y eut pas de problème. Mais au moment de l’effondrement soviétique, en 1991, ces deux pays ont tout de suite eu du mal à s’entendre : de violents conflits se déclenchent en 1993 puis 1994, suite à l’auto-proclamation de la république du Haut Karabagh, mais cette région reste sous contrôle de l’Arménie.
Une ligne de cessez le feu voit alors le jour : les forces armées arméniennes contrôlent non seulement le Karabagh, mais aussi les régions alentours. L’Azerbaïdjan se fait amputer d’une grande partie de son territoire. Pendant 26 ans, la région connait une paix relative, troublée seulement par quelques escarmouches.

L’escalade et la fin du Haut Karabagh
C’est dans ce contexte qu’interviennent les évènements qui se sont produits dans le Caucase depuis 2020. Le ton monte progressivement entre les deux pays et, fin septembre 2020, l’Azerbaïdjan lance les hostilités avec son nouvel allié turc qui lui fournit armes, mercenaires, et drones.
6 semaines suffisent pour qu’un cessez-le-feu soit signé après 6 500 morts et d’âpres combats. Les forces azéries ont récupéré 1 tiers du Haut Karabagh, et en prime (quoique cela devait être l’objectif) tous les territoires officiellement azéris, mais contrôlés par l’armée arménienne. Le reste du Haut Karabagh est désormais occupé par des forces de maintien de la paix russes, qui « encerclent » ce qui reste de la région. Ainsi devient-elle une véritable enclave, reliée à l’Arménie par le corridor* de Latchine, étroite route passant en plein territoire azéri.

Même si la situation ne s’était pas complètement calmé, le ton monte encore une fois lorsqu’en décembre 2022 l’Azerbaïdjan bloque le corridor de Latchine. La situation devient alors déplorable au Haut-Karabagh, où les Arméniens manquent de nourriture et de médicaments qui viennent souvent d’Arménie. Toutes les tentatives de négociations de la communauté internationale échouent et la situation s’envenime.
C’est le début de la fin pour cette république aux monts perdus. L’Azerbaïdjan relance le conflit le 19 septembre 2023 en attaquant les forces armées présente d’auto-défense (qui ne sont pas les forces régulières de l’Arménie), qui plient au bout d’1 jour de combat.
Cette fois-ci c’est vraiment la fin pour le Haut-Karabagh, dont les autorités pro-arméniennes annoncent la dissolution « de toutes les institutions gouvernementales et organisations […] au 1er janvier 2024 » et ils déclarent que « la République du Haut-Karabakh (Artsakh) cesse son existence« .
De son côté, l’Arménie, impuissante, ne semble pas réagir face à cette « humiliation ». Plusieurs manifestations ont lieu à Erevan (la capitale) pour protester contre le premier ministre, Nikol Pachinian.

Les soutien étrangers : quand l’Eurasie s’en mêle

Comme dit plus haut, les deux belligérants ont une différence culturelle et religieuse. Et je pense que cela joue beaucoup dans l’escalade du conflit, et des partis pris des Etats derrière ces deux pays en guerre.
Et, en général, les Etas vont prendre parti pour un pays de même culture ; c’est ainsi que la Turquie soutient l’Azerbaidjan car ces deux pays sont musulmans mais surtout turcophones. Aux partisans de l’Azerbiadjan s’ajoute également Israel, non musulman mais qui a de la rage à revendre contre l’Iran.
Parlons-en de l’Iran, qui musulman, est censé soutenir les Azéris. Et bien non ! C’est un soutien pour l’Arménie ! La raison est simple : sa partie frontalière avec l’Azerbaidjan est peuplée d’une minorité azérie, et les Iraniens ont peur qu’ils fassent sécession. Deuxième raison : les intérêts turco-azéris divergent avec ceux de l’Iran, et les deux pays turcs pourraient entraver le commerce irano-européen.
Attaquons nous à la Russie maintenant : chrétienne, elle soutient timidement l’Arménie. En fait son soutien se concrétise sous la forme d’une médiation : c’est la grande puissance qui se veut médiatrice dans un conflit relativement proche de chez elle, comme les Etats-Unis le font. Très occupée en Ukraine, elle veut avant tout redorer son blason en jouant les partisans de la paix. D’ailleurs, c’est elle qui assurait le maintien des frontières de 2020 en postant des garnisons tout autour du Karabagh. Pour elle, le Caucase reste son terrain de jeu.
L’Europe, quant à elle, et en particulier la France, a une position très claire : soutien « moral » aux Arméniens, appel à la paix et au dialogue. Cela s’explique par une diaspora très forte d’Arméniens en Europe de l’Ouest, qui ont fui le génocide en 1915-1916.
Les conséquences humanitaires
Presque sans ravitaillement depuis des mois, la population arménienne du Haut Karabagh a du fuir sa patrie par le corridor de Latchine devant l’avancée éclair des troupes azéries. Laissant désertes les villes, les plus chanceux ayant de la famille en Arménie y trouvent un foyer, tandis que d’autres trouvent l’asile dans des camps de réfugiés.
Quelle région laissent-t-ils derrière eux ? Une province de l’Azerbaïdjan à partir du 1er janvier 2024, qui a son tour sera source de conflits et génèrera encore des morts…
Kenzo
Excellent article !
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