
Alors que la campagne pour les élections européennes bat son plein, les listes de gauche ne semblent pas encore mener dans les sondages. Une gauche qui, de plus, est divisée sur les questions sociétales et internationales et n’hésite pas à se déchirer. Nous allons voir en quoi ses diverses composantes se déchirent, s’affrontent et quelles perspectives se dessinent pour les prochaines élections présidentielles.

Présentons d’abord les différentes têtes des principales listes de gauche (de gauche à droite) :
- Le Parti Socialiste, dirigé par Olivier Faure, aura comme tête de liste Raphaël Glucksmann, politique mais aussi écrivain, il a notamment été le conseiller d’un président géorgien
- La liste de Europe Ecologie les Vert sera dirigée par Marie Toussaint
- Celle de La France Insoumise de Jean Luc Mélenchon aura pour tête Manon Aubry
- Et enfin le Parti Communiste Français de Fabien Roussel aura comme tête de liste Léon Deffontaines. Cette liste est soutenue par les Radicaux de Gauche, la Gauche Républicaine et Socialiste, et l’Engagement, qui sont des partis de centre-gauche
Gaza : la fracture de la Nupes
Un peu de contexte. Après le cataclysme qui a agité nos médias après l’attaque terroriste du Hamas en Israël le 7 octobre, nos politiques prennent position. Dans la majorité, comme dans les autres partis politiques, la réponse est unanime : condamnation ferme des « attentats terroristes de l’organisation terroriste Hamas« .
Tous ? Non. Dans son Tweet du 7 octobre, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France Insoumise et de la gauche unie (la Nupes), affirme que les attentats du 7 octobre résultent de l’intensification de la colonisation en Cisjordanie (voir ici). Il ne condamne pas immédiatement les actes terroristes, mais parle plutôt de « crimes de guerre« .
Ces propos déclenchent aussitôt une autre tempête médiatique, et les élus et politiques de gauche se voient sommés ou bien de justifier, ou de condamner, ces propos.
Au final, les principales forces politiques composant la Nupes se déchirent et se braquent contre Mélenchon, sonnant ainsi la mort de l’alliance de la gauche qui avait commencé pour les législatives de 2022 : le Parti Socialiste suspend son action à la Nupes, le Parti Communiste Français de Fabien Roussel, qui critiquait déjà vivement Mélenchon, se retire lui aussi.
C’est donc une nouvelle gauche, sans Nupes, qui fait campagne pour les élections européennes.
Ennemi n°1 : Jordan Bardella
S’il y a un point où tout le monde est d’accord à gauche, c’est bien le danger de la montée de l’extrême droite, alors que la tête de liste pour les Européennes du RN, Jordan Bardella, affiche plus de 34% d’intentions de vote, ce qui le place en gagnant de ces élections.
L’ensemble des candidats affirment que l’extrême droite fait de l’immigration son carburant pour la campagne, adopte des discours populistes… etc. Raphaël Glucksmann affirme que ceux que veut l’extrême droite, « c’est le chaos« …
Les superprofits plus ou moins dénoncés
Autre sujet qui met tout le monde d’accord : le système actuel qui favorise l’enrichissement des plus riches entreprises. Les partis proposent tous un ISF (Impôt Sur la Fortune) européen, par exemple. Toutefois, les firmes internationales sont plus ou moins dénoncées selon les partis.
Par exemple, les Ecologistes critiquent les superprofits qui, de plus, n’ont aucun scrupule en matière de protection de l’environnement et de réchauffement climatique, Manon Aubry (LFI) dénonce les logiques de marchés qui appauvrissent les plus pauvres et enrichissent les plus riches, bref, le système capitaliste, tandis que Glucksmann est plus modéré.
Raphaël Glucksmann dénoncé par LFI, les Ecologistes et le PCF
En revanche, trois partis (La France Insoumise, les Ecologistes, et le Parti Communiste Français) expriment leur méfiance envers Glucksmann qui serait « en dehors des réalités des Français« , trop libéral, faisant partie du système… etc. Le média d’extrême-gauche Blast, le souffle de l’info le qualifie même comme « droitiquement acceptable« …
Ce candidat ultra-proeuropéen veut aussi intégrer de nouveaux pays à l’Union, comme l’Ukraine ou la Géorgie, ce qui ne plait pas au reste de la gauche. En effet, les salaires minimum ukrainiens, inférieurs à 200€ euros par mois (!), pourraient créer une opportunité pour les entreprises françaises qui paieraient ainsi moins de salaire, tout en bénéficiant du libre-échange européen (c’est le dumping social). Le problème est que cela ferait perdre des emplois aux Français, alors que nous avons déjà un problème de chômage en France…
De son côté, Glucksmann entend combattre ce qu’il appelle le « poutino-pacifisme » : tandis que l’extrême-gauche défend la paix en Ukraine, le candidat socialiste accuse les Insoumis notamment de défendre les intérêts de Poutine, au même titre que le RN.
Les communistes contre les insoumis ? Le travail versus Gaza
Autre match, beaucoup moins médiatisé : c’est celui au sein de l’extrême gauche entre les Insoumis et les Communistes.
Le candidat de Fabien Roussel, Léon Deffontaines, tacle la direction de La France Insoumise, qu’il accuse, au même titre que l’extrême droite et les macronistes, de détourner le débat des sujets de fond, pour l’amener vers des sujets sociétaux : identité, immigration, mais surtout… Israël/Gaza ! En effet, depuis le 7 octobre, les Insoumis affichent leur soutien aux Palestiniens, en provoquant (avec les médias) polémique sur polémique, comme celle de l’Eurovision ou de Science Po.
Pour le communiste, la gauche des insoumis (et de Raphaël Glucksmann) ne défend plus les travailleurs, comme elle le faisait historiquement. Elle se bat sur un terrain proposé par les macronistes et le RN.
Au contraire, lui entend défendre une Europe sociale et protectionniste, du travail et « qui met l’humain au centre« , comme l’affirme un de ses soutien Radicaux de Gauche.
Malgré tout, si on lit et on compare les programmes de Léon Deffontaines et de Manon Aubry, ils ne diffèrent pas.
Une bonne dynamique pour Glucksmann au détriment des autres partis
Enfin, le candidat socialiste affiche son ambition de réunir la gauche, comme l’a fait Mélenchon en 2022. Et cela marche plutôt bien : en effet, le candidat socialiste a une bonne dynamique de montée dans les sondages, et talonne depuis plusieurs mois Valérie Hayer (majorité présidentielle). Il passe ainsi de 12% à 14,5% aujourd’hui.
Mais cette dynamique se fait au détriment des autres listes de gauche. En effet, les socialistes profitent du vote « utile », en 2022 fustigé par Fabien Roussel (PCF) et loué par Jean-Luc Mélenchon. Ainsi les Ecologistes, qui profitent d’un nombre d’eurodéputés confortable, se voient dans les sondages crédités de seulement 5,5% d’intentions de vote, après avoir dangereusement frôlé les 5%, à partir desquels on n’obtient pas d’eurodéputés au Parlement européen. Du côté des Insoumis, on est plutôt stable (7%), tandis que chez les communistes, on plonge à 2% d’intentions de vote.
En conclusion, un dilemme se pose pour les électeurs de gauche : voter une liste créditée à largement plus de 5%, comme Raphaël Glucksmann (PS – Place Publique) ou Manon Aubry (LFI) pour enlever des sièges à l’extrême droite (donc, un vote utile), ou alors pousser des listes qui frôlent les 5% (Marie Toussaint, les Écologistes), voire tenter de remonter une liste en dessous (Léon Deffontaines, PCF), un vote de « cœur », donc ?
Kenzo