
Le 9 juin, ce sont les élections européennes. Les Français, ainsi que les millions d’autres Européens, sont invités à aller voter. Ce scrutin a lieu dans un contexte de montée de l’extrême droite et de guerres dans le monde. Certains candidats, en France, en font les préparatifs des présidentielles de 2027. Bref, c’est une campagne qui s’annonce et qui est tendue. Et pour gagner le maximum de voix, tous les moyens sont bons, y compris les réseaux sociaux, comme le très controversé Tik Tok.

La plupart des candidats y voient une opportunité. Leila Chaibi, de la France Insoumise, avance que Tik Tok est « un moyen de toucher des jeunes très éloignés de la politique, surtout en raison de l’abstention« . Un responsable du marketing numérique de la campagne de Reconquête ! (le parti de Zemmour) explique, quant à lui, que l’application permet à la candidate Marion Maréchal de « toucher le maximum de personnes « .
En première apparence, cet outil apparait donc comme un outil classique de marketing de campagne : depuis toujours, les politiques utilisent tous les moyens à disposition pour mettre en avant leur programme.
Ingérence étrangère et algorithmes
Malgré tout, l’appli préférée des jeunes est aussi largement contestée. En effet, la Commission européenne avait interdit en 2022 l’application à ses fonctionnaires sur leurs téléphones professionnels, suite à un rapport parlementaire sur les possibles espionnages chinois et russe et le vol de données d’utilisateurs.
Rappelons que Tik Tok est un réseau social chinois, appartenant à la firme Byte Dance, dont le patron est proche du pouvoir. Une loi en Chine encourage fortement, voire oblige, les entreprises à agir pour « l’intérêt » de la Chine. En l’occurrence, des vidéos sont censurées (comme dans les autres réseaux sociaux), mais ce sont des vidéos qui, par exemple, se rapportent à la souffrance des Ouighours (voir ici), bref des vidéos qui discréditent la Chine.
De plus, les algorithmes, très flous pour l’Occident, sont contrôlés directement par Byte Dance, et elle peut donc envoyer n’importe quoi à n’importe qui. Cela peut servir à faire de la propagande pour le pouvoir chinois, ou pour en servir les intérêts.
La réaction : Raphaël Glucksmann (Parti Socialiste) et Valérie Hayer (majorité présidentielle) se retirent de Tik Tok
Le candidat socialiste a déclaré dans une interview à France 2 qu’il ne tenait pas à « faire le mariole sur Tik Tok« . Il renonce donc à ces 60 000 followers : « C’est une question de cohérence. Ce réseau social, c’est une pompe (à fric, ndlr) à donner au service du parti communiste chinois. Donc, je ne me voyais pas faire le mariole sur Tik Tok tout en dénonçant les ingérences étrangères« . Pour les mêmes raisons, mais sans être médiatisée, Valérie Hayer, de Renaissance (majorité présidentielle), emboite le pas au candidat socialiste.
D’autres ont le même discours, sans pourtant renoncer aux opportunités offertes par cette application. Ainsi, le candidat Les Républicains (droite), François-Xavier Bellamy, déclare avoir « longuement hésité à investir ce réseau, avant de décider de tenter d’y proposer des contenus plus exigeants […] afin de ne pas laisser le champ libre à des discours simplistes« . Selon le journal le Point, il aurait déclaré en début de campagne qu’il na va pas aller pas « faire des formats de vingt secondes publiés sur des logiciels de propagande chinoise pour participer à la décérébration des masses« .
Le cas Bardella
Le candidat d’extrême droite du RN, Jordan Bardella, n’a aucune gêne à utiliser Tik Tok avec son million d’abonnés. En plus de proposer du contenu politique, il publie aussi des vidéos humoristiques, ou des vidéos sans véritable contenu, et encore moins d’argumentation. Une vidéo qui a fait 3 millions de vues le montre, portant des lunettes de soleil avec écrit dessus « Le J« , appelation du rappeur marseillais très populaire auprès des jeunes, Jul. Une autre le montre seul, puis il regarde la caméra et annonce : « J’ai faim« . Point.
Cela devrait contribuer à le rendre plus proche des jeunes, en plus de son physique et de son âge. « Le J » exploite pleinement les opportunités qu’offrent Tik Tok : élargir « la base militante« , notamment aux plus jeunes. Pour cela, il utilise les procédés et les codes Tik Tok pour « amuser la galerie » et ainsi plaire aux jeunes. Il montre une image de lui sympathique, sûr de lui, « normal ».
Et c’est bien en cela que son action s’inscrit dans la volonté de dédiabolisation du RN (Rassemblement National) : en effet, Marine le Pen cherche à faire oublier les origines vichystes de son parti et de son père avec Jordan Bardella, un jeune homme élégant, éloquent et qui, en plus, vient de Seine-Saint-Denis et est d’origine étrangère (italienne et algérienne).
Est-ce que Tik Tok va vraiment permettre de changer la tendance ?
Pas particulièrement. En effet, Tik Tok est surtout visionné par un public très jeune (en dessous de 18 ans, et l’âge s’abaisse encore…), un public qui donc ne peut pas voter.
En revanche, et cela est aussi mis en avant par les marketeurs politiques, c’est cette « génération Tik Tok » qui va pouvoir voter aux présidentielles de 2027. Ma génération (les 2009) aura tout juste 18 ans en 2027. Donc il s’agit de convaincre les adolescents qui seront les électeurs de demain. Est ce que ça marche ?
Attention : ce qui suit est un constat concernant uniquement ma tranche d’âge au collège Jean Moulin.
(Malheureusement) oui. En tout cas, pour mes camarades qui font le plus de bruit. Vous leur faites la remarque : « Ah, tu vas pouvoir voter en 2027 », ils vont répondre, le sourire au lèvre « ça va voter Joe [Bardella] ! ». La raison ? Ils ont, bien sûr, été envoûtés par les vidéos de 20 secondes de Bardella affirmant : « Euh, les criminels français en prison, euh, les étrangers, dans l’avion !« , ou par les multiples instagramers et tik-tokeurs liés au RN… Quelle époque !
Kenzo