Proche-Orient, aux origines du conflit – 3 Des accords d’Oslo à nos jours, une paix ratée

Dans notre précédent article, nous avions évoqué la 1ère Intifada, qui est la conséquence des injustices qui régnaient sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Nous verrons ici comment la paix a échoué et la montée des extrêmes, des deux côtés…

Les accords d’Oslo

C’est suite à la Première Intifada que les Israéliens commencent, sous l’impulsion du superpuissant américain (rappelons-le, le meilleur allié d’Israël), à négocier secrètement avec des Palestiniens (toujours pas l’OLP, qu’ils ne reconnaissent pas), et ce dès 1991 à Madrid. C’est surement l’épuisement d’années de conflits, d’un côté comme de l’autre qui a amené à négocier.

Malgré tout, le 13 septembre 1993, à la Maison Blanche, sous le regard « bienveillant » de Bill Clinton, le président américain, le premier ministre travailliste (de gauche) israélien, Itzhak Rabin, et Yasser Arafat, le chef de l’OLP, se serrent la main. Les accords dits d’Oslo sont signés. Mais que prévoient ils ?

Premièrement, il y a une reconnaissance mutuelle entre les deux parties : les Israéliens reconnaissent l’OLP comme représentante du peuple palestinien, tandis que l’OLP reconnait le droit d’Israël à exister en paix.

Deuxièmement, on définit une période de « transition » de 5 ans au bout de laquelle devrait exister une Autorité Palestinienne et un Conseil législatif palestinien (sorte d’Assemblée nationale) qui auraient une autorité plus ou moins grande sur des territoires pas clairement définis dans l’accord.

Il y a la création de zones en Cisjordanie : A, B, C. La zone A, recouvrant les grande villes, devra être sous contrôle total palestinien, la zone B, englobant la quasi-totalité des villages palestiniens, sous contrôle administratif palestinien mais sous contrôle militaire israélien, et la zone C sous contrôle israélien (désert de la Mer Morte, etc.).

Gaza devra, elle aussi, être en zone A, donc sous contrôle « total » palestinien.

Zones A, B, et C. En bleu clair et bleu foncé sous contrôle israélien (Zone C) / Image Wikipédia

Mais surtout, est décidé le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés : ainsi Tsahal n’aurait le droit que de circuler dans la zone C.

Seulement, est-ce que ces accords sont respectés, en tout cas en Cisjordanie ?

L’échec de la paix

Comme on peut le constater aujourd’hui, les accords d’Oslo ne sont pas du tout respectés. L’armée israélienne continue d’occuper les territoires, notamment en Cisjordanie. De plus, le découpage, comme on peut le voir sur la carte, entrave la liberté des Palestiniens à se déplacer, car ils sont facilement arrêtables par l’armée israélienne en zone C : ils sont ainsi coincés dans des « îlots ».

De plus, le pouvoir du Conseil législatif palestinien n’est que symbolique et, au bout de 5 ans de transition, il n’y a toujours pas eu d’Etat palestinien.

Autre sujet que nous n’avons pas évoqué, l’extension des colonies. Cela continue, voire même s’accélère. Des oliviers sont arrachés, des maisons détruites…

Pourquoi la paix a-t-elle échoué ?

Les accords d’Oslo n’ont pas fait l’unanimité. Des deux côtés, les extrêmes n’étaient pas d’accord avec le processus de paix. Du côté palestinien, le Hamas (voir précédent article), alors qu’il n’est pas encore au pouvoir, multiplie les attentats-suicides contre la population israélienne. De l’autre, des organisations terroristes israéliennes commettent des attentats dans des mosquées, comme celui des massacres d’Hébron, mené par Baruch Goldstein.

Pour ne rien arranger, la droite israélienne de Netanyahou puis de Sharon, puis encore de Netanyahou, soutenue par l’extrême droite religieuse, s’éloigne des principes énoncés par l’accord d’Oslo et permet le financement du Hamas pour discréditer l’OLP, qu’elle considère comme son ennemie. Ainsi on entre dans un cercle vicieux et les espoirs de paix s’envolent.

Gaza, l’épicentre du conflit

En 2005, les Israéliens se retirent de la bande de Gaza : il n’y a plus aucune présence militaire, bien que l’ONU considère toujours (avant le 7 octobre) Gaza comme un territoire occupé.

Toujours à Gaza, en 2007, le Hamas gagne aux élections législatives palestiniennes avec environ 40% des voix, ce qui fait de cette organisation la maîtresse de Gaza. En réponse, l’armée israélienne va organiser le blocus de Gaza : ainsi Israël limite l’alimentation en électricité et en eau, et ce, bien avant le 7 octobre ! Les conséquences humanitaires sont désastreuses et la population est en grande partie au chômage.

Tout cela peut aussi expliquer la montée de la popularité du Hamas. C’est bien connu, les crises favorisent la montée des extrêmes.

Plusieurs guerres opposeront le Hamas à l’armée israélienne : une en 2009, une en 2012 et une en 2014. Le bilan de ces trois guerres est très lourd : 78 morts militaires du côté israélien, mais à peu près 1500 morts (cela varie selon les sources) de militants ou combattants du Hamas. Chez les civils, on dénombre 13 morts israéliens contre plus de 2500 morts de civils palestiniens ! La guerre la plus meurtrière a été celle de 2014.

Mais pourquoi une telle différence du nombre de morts ? D’un côté, Israël et sa population sont bien abrités derrière ce que l’on appelle le « dôme de fer » : c’est un système de défense aérienne contre les roquettes envoyées par le Hamas, composé donc de projectiles qui vont s’écraser sur ces roquettes. Ce système est très coûteux et pris en charge financièrement de moitié par les Américains.

De l’autre côté, le nombre de mort s’explique par le bombardement systématique de la bande de Gaza en représailles aux roquettes envoyées par le Hamas. Des bâtiments sont détruits sous le prétexte, avancé par Israël, que le Hamas y cache des armes, un poste de commandement… Mais cela tue aussi des civils.

Derniers affrontements en date avant le 7 octobre : les évènements de mai 2021 qui désignent une série d’émeutes réprimées et d’affrontements entre le Hamas et Tsahal qui, là aussi, font plus de morts palestiniens que d’Israéliens.

Conclusion

Malgré ces horreurs, le monde semblait avant le 7 octobre avoir enterré le conflit israélo-palestinien. Le réveil brutal du 7 octobre a remis ce problème qui tarde à être réglé sur la table… Même si les espoirs de paix semblent éteints.

Kenzo

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