
Pour tenter de comprendre les enjeux de ce qui se passe au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, il nous a semblé qu’il fallait se replonger dans l’Histoire. Dans un précédent article (ICI), nous nous étions arrêtés à la première guerre israélo-arabe où se jouait la survie d’Israël. La suite du conflit israélo-palestinien vit la continuation des guerres entre Israël et ses voisins arabes, mais aussi l’émergence d’une opposition palestinienne plus forte, représentée par l’OLP. C’est cette période qui explique en grande partie les tensions et les rancœurs qui ressurgissent aujourd’hui…
Les guerres isréalo-arabes
Une série de conflits qui mobilisent les pays arabes voisins contre Israël vont se déclencher. Ces conflits sont connus sous le nom de guerres israélo-arabes.
En 1956, c’est la crise du canal de Suez. L’Egypte nationalise le canal de Suez et une coalition franco-britannique s’engage contre le pays du Nil, soutenue par l’Etat hébreu, qui voit ainsi ses adversaires affaiblis.
En 1967, c’est la Guerre des Six Jours. Cette fois, c’est Israël qui attaque suite à une escalade des tensions avec les voisins arabes syriens, jordaniens et égyptiens. Les armées arabes sont surprises et l’Egypte perd la quasi-totalité de son aviation. Grâce à sa supériorité sur ses adversaires, Tsahal (l’armée israélienne) parvient à conquérir près de 70 000 km2 de terres au détriment des voisins arabes, notamment la bande de Gaza et le Sinaï (auparavant occupés par l’Egypte), la Cisjordanie (sous contrôle jordanien), et le plateau du Golan (appartenant à la Syrie dans le passé). La guerre est stoppée lorsqu’Israël accepte la paix proposée par le Conseil de sécurité de l’ONU.
En 1973, la guerre du Kippour. Malgré tout, la rancœur persiste chez les Egyptiens et les Syriens, cherchant à se venger de l’humiliation qui leur a été infligée. En 1973, les armées israéliennes et égyptiennes (entre autres) s’affrontent lors de la Guerre de Kippour. Cette fois, ce sont les Egyptiens qui tentent leur chance en traversant le 6 octobre le canal de Suez pour attaquer les positions israéliennes du Sinaï. Dans le même temps, la Syrie attaque sur le plateau du Golan. L’attaque a lieu le jour saint férié en Israël du Yom Kippour, ce qui surprend totalement Tsahal. Mais au bout de 4 jours, Israël montre encore sa supériorité : l’Egypte se retrouve rapidement dans une impasse et la situation en Syrie n’est guère mieux : les troupes israéliennes parviennent même jusqu’à 40km de Damas !
Heureusement, sous la pression internationale des Etats-Unis et de l’URSS, un cessez-le-feu est instauré au 19e jour des combats. Un processus d’apaisement s’installe alors : l’Egypte reconnait Israël, le Sinaï repasse peu à peu aux mains de l’Egypte et la Syrie récupère une partie du Golan. Mais la Cisjordanie et la bande de Gaza restent occupées par Israël et Jérusalem Ouest et Est (dont les frontières étaient fixées par le plan de partage de l’ONU) sont réunifiées pour en faire la capitale de l’Etat hébreu.
La colonisation israélienne (kibboutz et hitnahalut)
Entre temps, la colonisation israélienne évoquée dans la première partie continue. La Cisjordanie occupée voit la multiplication des colonies israéliennes, appelées hitnahalut ou kibboutz. Le premier terme désigne une colonie israélienne en territoire palestinien, tandis que le second désigne selon Wikipédia « une organisation sioniste destinée à l’implantation de populations juives en terre d’Israël ». Plus particulièrement, c’est une communauté d’inspiration marxiste où la propriété privée n’existe pas et où l’on vit en « communauté ».
Par ces deux moyens, il s’agit pour le peuple israélien « d’occuper la terre des ancêtres » et de la cultiver, car c’est un symbole fort d’appartenance à la terre.
Mais tout ceci se fait souvent aux dépends, là encore, des Palestiniens.
En Cisjordanie, une inégalité se creuse entre les Israéliens et les Palestiniens : inégalité d’accès à l’eau, inégalité de richesse, de salaire… Mais en plus, certains Palestiniens subissent des humiliations quotidiennes, leurs maisons sont régulièrement fouillées. C’est là tout l’enjeu des tensions en Cisjordanie.
L’origine de l’OLP et ses premières actions
A cause de ces inégalités, une résistance palestinienne s’est organisée : elle est représentée par le l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), une organisation créée en 1964, et qui sera assimilée au Fatah.
L’OLP utilise, au début, des moyens armés considérés comme terroristes. Son objectif assumé est de faire connaitre internationalement la cause palestinienne, mais aussi de s’attaquer directement à Israël. Dans les années 70-80, l’OLP commet plus de 8000 attentats, avec 650 victimes principalement des victimes civiles israéliennes. En 1974, avec la médiation de l’Algérie, l’OLP reçoit le statut d’Etat observateur aux Nations Unies, et devient donc le représentant des Palestiniens.

Le Fatah est elle une organisation politique, fondée en 1959 par des jeunes étudiants palestiniens. Un de ses personnage phare est Yasser Arafat. Né au Caire en 1929, il dirige l’OLP à partir de 1969. Ce groupe prône une Palestine où les juifs, les chrétiens et les musulmans vivraient ensemble sans distinction de religion ou d’ethnie : une « Palestine démocratique non confessionnelle« . Dans les années 1980, Yasser Arafat change de politique et prône désormais une solution politique et diplomatique plutôt que la guerre et en 1988, l’OLP renonce au terrorisme, reconnait le droit d’Israël à vivre en paix et est désormais considérée comme la représentante du peuple palestinien. Aujourd’hui, le Fatah siège toujours au Conseil Législatif Palestinien (sorte d’Assemblée nationale palestinienne) où il a 45 sièges sur 132.
La première Intifada
Lorsqu’il y a trop de rancœur, elle finit par éclater.
La 1ère Intifada, signifiant « soulèvement », éclate à la suite de faits divers et meurtres entre Israéliens et Palestiniens. Le ras-le-bol des Palestiniens se matérialise par des émeutes envers les policiers et militaires israéliens en lançant des pierres et des cocktails Molotov, c’est pourquoi ces soulèvements sont aussi appelés « guerre des pierres ». Mais, des fois, cela peut virer à des attentats sur la population civile israélienne. Et la répression israélienne est très forte. Au total, plus de 1000 Palestiniens seront tués par des militaires israéliens et 800 par des civils israéliens, tandis qu’on dénombre plus de 200 civils israéliens tués et un peu moins de 100 militaires et policiers décédés.
Ces soulèvements sont aussi l’avènement du Hamas. A l’origine, c’est la branche palestinienne de l’organisation islamiste égyptienne des Frères Musulmans. Le Hamas est officiellement créé en 1987 par des religieux gazaouis, c’est donc au départ un mouvement islamiste et nationaliste palestinien. Dès le début, son chef, Ahmed Yassine, prône la violence contre « l’occupant hébreu ». L’organisation est déclarée illégale par Israël en 1989. Ironie du sort, c’est ce même Etat qui avait autorisé le financement de l’organisation islamiste, pour affaiblir l’OLP à l’époque terroriste dans la résistance palestinienne ! Au début des années 1990, le Hamas commet ses premiers attentats terroristes. Cette organisation est aujourd’hui considérée comme terroriste par de nombreux pays Occidentaux, dont la France. Son financement provient de l’Iran et du Qatar.
La 1ère intifada se terminera en 1993 par le processus de paix qui aboutira aux accords d’Oslo…
Kenzo
(A suivre, Les accords d’Oslo, une paix ratée)