Incursion de Belgorod : la Russie envahie par des Russes

Ce lundi 22 mai, des Russes pro-ukrainiens faisant partie de l’armée ukrainienne, se définissant comme des « groupes armés anti Kremlin » pour « la liberté de leur pays sous joug Poutine », ont fait et revendiqué une incursion dans la région frontalière de Belgorod, en Russie. C’est une première militaire, mais cela montre aussi le fonctionnement de la communication ukrainienne comme de la communication russe…

Tout d’abord, il faut comprendre que des milliers de combattants russes ont rejoint et se sont réfugiés en Ukraine pour « libérer la Russie et renverser Poutine ». Rien que ça ! Pour eux, cela passe par l’échec de l’armée russe. Certains de ces groupes sont des unités intégrées à l’armée ukrainienne, d’autres sont indépendants.

Ces soldats sont recherchés par les autorités russes, ils sont donc cagoulés. Il y a des Russes ethniques (les Blancs) mais une grande part d’ethnies minoritaires comme des Tchétchènes qui sont contre le régime russe.

Qu’ont ils fait ?

Lundi 22 mai, certains de ces groupes armés ont fait une incursion dans l’oblast de Belgorod, au Nord de Kharkiv, en Ukraine. Ils ont attaqué des postes frontières, et des vidéos de soldats russes morts ont été diffusées sur les réseaux. Les soldats « de la liberté » se sont infiltrés profondément en territoire russe.

A midi, ils revendiquent la prise d’un village. Vers 15h, ce sont trois autres villages qui sont filmés avec les légionnaires de la liberté russes, preuve de leur avancée qui dépasse les attentes. Ces soldats capturent même des blindés russes et défilent avec !

Dans l’après midi, on aperçoit plusieurs explosions (de dépôts de munition sûrement). Les Russes semblent réagir. On se demande quand même comment les Russes se sont fait avoir sur leur propre territoire !

Les pauvres civils Russes qui n’ont pas pu faire leurs courses ! 😉

Avancée des légions libres russes – image Kenzo

Les réactions

L’Ukraine défend toute implication alors que les deux groupes russes pro-ukrainiens la revendiquent. Cela a surpris la communauté internationale car d’habitude elle ne commente pas les évènements, même si elle est responsable de ceux-ci. Ses membres ont toutefois insisté sur le fait que ce sont bien des Russes, et non des Ukrainiens qui ont commis cet acte.

Côté russe, c’est confus et incohérent (un peu comme toujours…). Au début, les autorités commencent par s’inquiéter. Puis le gouverneur de la région indique dans une vidéo qu’il n’y a aucun problème, mais on sait qu’il parle de nouvelles inquiétantes dans une réunion, et finalement il affirme que les évènements sont des fakes news. Affirmation mensongère vu que sa femme est aperçue à l’aéroport par les caméras de surveillance pour prendre l’avion et s’enfuir.

Finalement, le gouverneur reconnait un danger. C’est la panique dans la population, il y a des civils qui fuient avec les conséquences que ça a (embouteillage, émeutes…). Les Russes ont activé une opération antiterroriste et pendant plusieurs heures, l’armée russe a pilonné les positions des Russes pro-ukrainiens. Cette opération antiterroriste consiste à renforcer le contrôle de véhicules et d’identité. De plus, des vidéos ont été diffusées, montrant des hélicoptères militaires russes jetant leurs leurres (actions défensives), preuve de l’incontrôlabilité de la situation pour les Russes. Puis, quand tout danger semblait écarté, ils ont levée l’opération.

Les Russes ont quand même évacué un stock d’ogives nucléaires qui était à seulement 14km de l’avancée russo-ukrainienne !

Stock d’ogive nucléaire à 20km de la frontière ukrainienne – image google earth

Un exemple de communication en temps de guerre

Toutes ces incohérences, d’un côté comme de l’autre peuvent faire réfléchir. La communication russe consiste à se crédibiliser auprès de sa population, et à justifier cette guerre par notamment des arguments historiques (Stalingrad…) mais aussi en se montrant faible par rapport à l’OTAN, et donc présenter cette guerre comme une guerre de défense. L’Ukraine, quant à elle, doit rassurer ses alliés occidentaux et se crédibiliser auprès d’eux. Donc, pas de dérives, de crimes de guerre, ou n’importe quelle action qui scandaliserait la presse occidentale. Sa communication est donc axée sur les « méchants Russes » et les « gentils Ukrainiens » défendant leur patrie.

Ici, l’Ukraine a tout simplement nié tout implication. En effet, si elle avait revendiqué cet incursion, ça aurait pu vouloir dire qu’elle s’attaquait directement à la Russie. La dernière fois, elle a frappé une base russe, mais un terrain militaire seulement. Ici, ce sont bien des territoires habités par des civils russes qui ont été investis. Ainsi, l’Ukraine n’a pas du tout intérêt à revendiquer cette attaque même si elle l’a planifiée (c’est probable, vu que ça a vulnérabilisé la Russie).

Du côté russe, on essaie de minimiser les évènements, pour ne pas faire peur à la population. Surtout, c’est une Russie humiliée qui envoie ses troupes pour l’opération « anti-terroriste ». Cela se comprend qu’elle minimise ainsi les effets. Certains suspicieux émettent même l’hypothèse que cette opération a été planifiée de A à Z, communication comprise, par la Russie ! Même si les Russes sont capables de telles choses et que cela « incriminerait » l’Ukraine c’est peu probable, et ça serait un mauvais coup pour la population russe qui a souffert.

Les conséquences militaires et géostratégiques

Certains spécialistes émettent l’hypothèse, probable, que l’Ukraine a été informée avant cette incursion, et donc qu’elle aurait été silencieusement d’accord. De plus, certains « soldats de la liberté » faisaient partie de l’armée ukrainienne, et ils sont donc sous la responsabilité de l’Ukraine. Enfin, les conséquences suivantes de ces évènements sont toutes à l’avantage de l’Ukraine :

  • Pour la Russie, ces incursions signifient que sa ligne de défense (cf. carte plus haut) est tout simplement… inutile ! De plus, cette ligne a couté horriblement cher… Certains oligarques russes auront des comptes à rendre, car on peut émettre l’hypothèse que cette ligne de défense a servi à blanchir l’argent de certains riches…
  • Cet exploit intervient alors que les troupes stationnées depuis un hiver sur le front attendent les ordres d’attaquer, patiemment… Et le moral s’use avec le temps. Le fait de savoir que la Russie s’est fait avoir regonflerait le moral des troupes, surtout que l’Ukraine prépare une énorme contre-offensive.
  • Cet effet de moral est accentué car l’Ukraine, en niant toute responsabilité, fait référence aux évènements du Donbass en 2014, alors que des troupes russes avec des blindés prennent position dans l’Est ukrainien, et bien sûr Poutine prétend qu’ils sont… en vacances, avec les blindés qu’ils ont emmenés avec eux ! Là aussi, les troupes russo-ukrainiennes étaient armées de véhicules ukrainiens, mais Kiev prétend que ce sont des blindés… achetés sur place, n’appartenant pas aux forces ukrainiennes ! C’est l’Ukraine qui en profite pour se « foutre de la gueule » de la Russie !
  • Purement militaire, à présent : cette action permet de faire prendre conscience aux Russes qu’ils sont vulnérables à leur frontière, et les inciter à engager plus de troupes dans ces zones. Cela veut dire « déshabiller » le front ukrainien, enlever les réserves, et fragiliser la ligne… Ainsi, la Russie perd sa liberté d’action, cela veut dire que l’Ukraine aura plus de facilités à dicter le cours de la bataille dans les prochains mois, et donc que la contre-offensive qui se prépare aura plus de chances de réussir.
  • En terme de politique intérieure, la Russie va forcément se sentir menacée. Une aubaine pour Poutine : cela justifiera la levée en masse de plus de jeunes hommes. Mais à bien y réfléchir, c’est une victoire à la Pyrrhus : si Poutine se sent menacé, il lèvera plus d’hommes, s’il lève plus d’hommes, il ne fait qu’augmenter le mécontentement des gens, et précipite une éventuelle révolte… etc. C’est l’objectif initial des légionnaires libres russes : renverser Poutine et la dictature qui va avec ! De plus, cela affaiblira simplement la Russie, c’est bon à prendre pour l’Ukraine

Ainsi, au delà de 7 kilomètres en profondeur pris par les légions libres russes, c’est tout un pays et le destin de milliers de combattant qui est en jeu…

Raphaël et Kenzo

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