
Un général américain, Michael Minihan, a fait part dans une note interne que son « instinct [lui] dit que nous [les Américains] combattrons en 2025« , probablement autour de Taiwan, petite île qui capte l’attention depuis quelques années. Ces propos ont été confirmés par le Pentagone (ministère de la Défense des Etats-Unis) à l’AFP. Ce même officier exhorte ses camarades à s’entrainer pour un conflit type Ukraine. Et ce mardi, la France concluait des accords politiques avec l’Australie, alors que les deux pays étaient en froid depuis une affaire étroitement liée à l’impérialisme chinois. L’occasion pour nous de revenir sur cette île du Pacifique tant convoitée par les grandes puissances du moment, les Etats-Unis et la Chine.
Le problème taiwanais et son Histoire
Le problème remonte il y a bien longtemps. Taiwan, officiellement « République de Chine », est un territoire composé de 168 îles, la plus grande étant Taiwan elle-même. Ce territoire a une histoire particulièrement lié à la Chine. Il faut d’abord se plonger dans les années 40-50 pour comprendre les tensions des « deux » Chines.

Dans les années 1940 une lutte oppose les Chinois : les uns sont communistes et les autres nationalistes. Les communistes gagnent la guerre civile et la Chine devient « République populaire de Chine« . Le meneur des nationalistes se réfugie à Taiwan, territoire alors appartenant à la Chine. Il y crée un état différent de l’état continental, la « République de Chine« , qui est reconnu par l’ONU jusqu’en 1971. Un énorme transfert de population survient alors, les Chinois nationalistes se réfugiant à Taiwan.
La République de Chine perd peu à peu ses territoires insulaires grignotés par la Chine populaire. Ils se résument à l’île de Taiwan et des archipels composés de 167 îles.
Venons en maintenant à la Chine. Depuis 2012, elle est dirigée par le dictateur Xi Jinping. Cet homme a des ambitions pour son pays. Il veut en faire une grande puissance… et y parvient : la Chine est très puissante. Elle s’est forgée une bonne place en Asie orientale et a de solides alliés autours d’elle (Russie, Corée du Nord). Mais aucune grande puissance ne peut prétendre à un statut de géant mondial si elle n’assure pas sa domination sur les mers. Problème: la Chine a certes une très large bande côtière, mais elle est entourée par des archipels volcaniques qui sont tous alliés aux Etats-Unis. Pour empirer la situation, les espaces maritimes chinois sont peu profonds, donc peu propices à une guerre de sous-marins.

On comprend donc qu’en plus d’un enjeu politique et historique, c’est l’avenir du géant Chinois qui est en jeu.
Les stratégies du nouvel Empire
Au grand dam de la Maison Blanche, la Chine entreprend un immense projet en matière d’armement, dans la Marine surtout. Avec son industrie qui fournit les trois quarts du monde, elle a de quoi faire rougir l’Oncle Sam. Exemple: en avril 2021, Xi Ximping inaugure 3 bâtiments (les bateaux) en même temps, dont un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (qui peut envoyer des missiles nucléaires). Il adopte aussi une politique de terreur sur les mers.
Des milices de pêcheurs endoctrinés attaquent des bateaux étrangers. Un exemple frappant illustre bien ce type d’action. Dans les eaux territoriales du Vietnam, en 2014, une milice chinoise percute et coule un navire vietnamien. L’évènement, sauvegardé dans une vidéo, a eu plusieurs cousins : on dénombre ainsi des actions de ce type partout en mer de Chine, à commencer par Taiwan, où les pêcheurs ont peur d’aller exercer leur métier sur les eaux de leur village, de peur de subir le même sort que leurs homologues vietnamiens.
Mais la stratégie est bien trouvée, à chaque fois, les actions ne sont ni assez graves pour qu’il y ait une guerre ou un conflit avec le pays concerné, ni trop banales pour passer inaperçues. Les populations sont donc terrorisées et les gouvernement ne peuvent pas faire grand-chose. De plus, ces pêcheurs-miliciens restent des civils, et l’armée américaine qui avait conclu des accords avec les pays agressés ne peut rien faire, car attaquer les miliciens, ce serait attaquer des civils et bafouer le droit international. C’est ce problème qui est le moteur de l’escalade.
Les Chinois grignotent aussi peu à peu des îlots, voire des rochers, comme les îles Spratley, qui parfois appartiennent à des Etats voisins comme les Philippines. Et à chaque fois, l’armée américaine ne peut et veut rien faire, car « est-ce qu’on a vraiment envie de déclencher une guerre avec la Chine pour un îlot des Spratley ? Objectivement, Non » évalue le vice-amiral français Vaujour.
Tous ces évènements se passent dans une région stratégique du monde, qui contrôle notamment plusieurs détroits maritimes où les bateaux remplis de marchandises sont obligés de passer à moins de contourner par l’Australie. Il serait donc capital de contrôler la zone en cas de guerre.

La Chine, comme on l’a vu, ne peut pas s’étendre plus haut car elle est coincée par les Alliés. Par contre, s’étendre plus bas et avoir un œil sur ces détroits mondiaux est très intéressant pour Pékin. Ainsi, les îlots naturels sont agrandis artificiellement pour créer de véritables bases pour asseoir la souveraineté contesté de la Chine dans la zone.

Les réactions occidentales
Pour contrer l’impérialisme chinois, certains Alliés ont conclu des accords de vente de sous marins (accords Aukus). En effet, c’est le défaut principal des Chinois qui, comme on l’a dit, ont un rivage peu profond. L’Australie a acheté 8 sous-marins aux Etats-Unis (avec le partenariat du Royaume-Uni), ce qui a pour conséquence de mettre en froid Australie et France, ces deux pays ayant au préalable conclu eux aussi un accord de vente de sous-marins. Ce traité, bafoué, avait stoppé les relations cordiales entre Français et Australiens.
L’Australie a raison de s’inquiéter et de se réarmer : le 3 juin 2019, un groupe d’assaut amphibie chinois de plus de 700 militaires, venus droit de l’Empire du milieu, entre en grande pompe dans le port de Sydney. Cet évènement est d’autant plus marquant que les navires chinois n’ont pas été repérés par la défense australienne. Un message de puissance de la part du communisme chinois. De plus, la Chine multiplie des bases aéro-maritimes dans les archipels du Pacifique qui entourent l’île aux Kangourous, la coupant carrément de l’Oncle Sam.
Heureusement, les Français et les Australiens ont conclu de nouveaux accords pour aider l’Ukraine main dans la main. Les deux pays sont « réconciliés »…
Les conséquences
Ces évènements à forte résonnance mondiale entrainent d’une part une coopération militaire inédite entre les pays du Pacifique et des liens resserrés contre les dictatures asiatiques (Russie, Chine, Corée). D’autre part, et ceci est accentué par la crise ukrainienne, une perte de confiance envers les Etats-Unis. En effet, cette perte de confiance est comparable à celle de l’Ukraine face à l’Europe : alors que les puissances européennes étaient prête à partir en guerre pour l’Ukraine, elles ont en fait livrés les Ukrainiens à eux-mêmes. Les Etats-Unis ne sont pas intervenus pour défendre le rocher des Philippine conquis par les Chinois.
Et je pense que c’est là toute la stratégie de Pékin : détruire son ennemi américain pour avoir les mains libres. « Face à la Chine, vous n’êtes pas en position de force pour négocier. Vous ne l’avez jamais été, depuis 20 ou 30 ans. Le peuple chinois n’accepte pas ça » déclare un émissaire chinois au Secrétaire d’Etat américain.
Xi Jinping veut donc se tailler sa place dans le monde, quitte à enfreindre le droit international.
L’instinct du général américain aura-t-il raison ? En cas de guerre Chine-Taiwan, les Etats-Unis hésiteront-t-ils à employer leur flotte dont l’industrie chinoise se moque ? Si les Etats-Unis n’interviennent pas, alors ce sera un renversement des alliances et la perte de crédibilité de Biden ? Si oui, la France participera-t-elle à ce conflit peut-être nucléaire ?
Si vous voulez en savoir plus: Asie-Pacifique : la nouvelle poudrière | ARTE
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