« Je la croise souvent… » (2)

Dans le cadre d’un travail de Français avec Mme Raimbaud sur le roman No et Moi de Delphine de Vigan dans lequel  le personnage principal est une adolescente qui fait la connaissance d’une jeune SDF, nous avons écrit un texte sur une personne que nous croisons souvent mais à qui nous ne parlons jamais.

« Je la croise souvent. Elle est là, comme d’habitude, devant la bibliothèque à quelques mètres de moi. La faible lueur des réverbères l’éclaire. Sa couverture, salie et usée par le temps, enveloppe son petit corps frêle. Je vois qu’elle a froid ; elle tremble. Elle a un tic : celui de s’arracher les bouts de peau morte autour des ongles. C’est l’une des seules choses que je sais de cette femme que je croise pourtant tous les jours en allant au collège. J’ai l’impression de passer à côté de quelque chose. Je sais que deux pas et quelques mots suffiraient mais je n’ose pas. C’est comme s’il y avait une ligne, une limite invisible entre nous que je n’arrive pas à franchir. Elle lève la tête; ses cheveux châtains retombent sur ses épaules. Elle me regarde droit dans les yeux. Les siens sont bleus. J’ai du mal à ne pas détourner mon regard. Je ne comprends pas bien pourquoi mais je pense que je suis gênée, honteuse. J’aimerais comprendre comment elle a fini comme ça. J’essaie de m’imaginer sa vie, une vie où la nourriture ne se jette pas, où prendre une douche est une chance (et non pas une corvée qui nous empêche de nous lever 15 minutes plus tard), où toutes ses affaires sont contenues dans un ou deux sacs. Une vie où l’on est presque toujours seul, entouré et ignoré de centaines de personnes que l’on croise tous les jours et qui se plaignent d’avoir trop de travail, trop de responsabilités, trop de « trucs à faire », trop de toutes ces choses que l’on voudrait tant avoir.

Je crois que j’ai maintenant compris la raison pour laquelle je suis mal à l’aise quand je croise son regard. Finalement, elle me sourit. Son sourire est réconfortant. Je lui souris en retour en lui disant « bonjour ». Elle hoche gentiment la tête et je poursuis mon chemin, comme tous les matins. Qui sait, j’arriverais peut-être à lui parler demain ».

Le Panda

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