Lettre à l’adulte que je serai… (2)

Dans le cadre d’un travail en français, les élèves de 5eB ont écrit une lettre à l’adulte qu’ils seront. Pourquoi cette proposition ?
Elle est inspirée de l’ouvrage Cher.e moi, Lettres à l’ado que j’étais, lettres à l’adulte que je serai, récemment publié aux éditons du Seuil, que les élèves de 5eB ont eu la chance de découvrir au Salon du livre de Montreuil en décembre dernier.  
Ce recueil réunit des lettres d’auteurs ayant participé à des ateliers d’écriture organisés par le Labo des histoires avec des adolescent.e.s qui ont écrit à l’adulte qu’ils vont devenir, ainsi que des lettres de personnalités invitées qui se sont également prêtées à l’exercice. Vous pouvez lire le compte-rendu détaillé de la rencontre au salon de Montreuil ICI.


J’ai quarante-cinq ans et trois enfants !

J’ai quarante-cinq ans et trois enfants, je vis au Canada, je suis une maman seule.

Je me réveille à 7 heures tous les matins pour accompagner mes enfants à l’école qui ont 17, 12 et 7 ans. Je me prépare pour le travail car je suis chirurgienne mais j’ai des horaires fixes. Je réveille mes enfants et je prépare le petit déjeuner. Mon fils de 17 ans prend le bus pour aller au lycée mais nous sommes en février, il fait très froid et il y a beaucoup de neige donc je l’accompagne. Je déneige la voiture et le passage devant ma maison. Je fais monter mes enfants dans ma voiture qui est une Range Rover blanche. Je dépose mes enfants et je fonce à l’hôpital. J’arrive à 8h30 et je suis immédiatement appelée aux urgences pour aller au bloc opératoire. Cette journée était plutôt calme. J’ai juste amputé un homme et greffé un rein à une femme, sinon j’étais aux urgences toute la journée.

Au Canada, l’école se termine à 13h00 mais mes enfants restent à l’étude jusqu’à 18h30, sauf l’aîné qui rentre seul en bus. Je vais chercher mes enfants et je rentre chez moi. Ils étaient à l’étude aujourd’hui donc pas de devoirs pour ce soir. Ils vont se doucher un par un, pendant ce temps je fais à manger. Ce soir, j’ai fait des lasagnes et en dessert il me reste des cupcakes de ce midi. On mange. Tout le monde se brosse les dents. Il est 21h45. Ma fille de 7 ans est au lit depuis 45 minutes et ma fille de 12 ans va au lit. Mon fils peut se coucher au max à 23h45. Il est dans sa chambre. Pendant ce temps, je refais mon vernis et je vais me coucher vers 00h35.

M.

Lettre à l’adulte que je serai… (1)

Dans le cadre d’un travail en français, les élèves de 5eB ont écrit une lettre à l’adulte qu’ils seront. Pourquoi cette proposition ?
Elle est inspirée de l’ouvrage Cher.e moi, Lettres à l’ado que j’étais, lettres à l’adulte que je serai, récemment publié aux éditons du Seuil, que les élèves de 5eB ont eu la chance de découvrir au Salon du livre de Montreuil en décembre dernier.  
Ce recueil réunit des lettres d’auteurs ayant participé à des ateliers d’écriture organisés par le Labo des histoires avec des adolescent.e.s qui ont écrit à l’adulte qu’ils vont devenir, ainsi que des lettres de personnalités invitées qui se sont également prêtées à l’exercice. Vous pouvez lire le compte-rendu détaillé de la rencontre au salon de Montreuil ICI.


– Salut !

– Bonjour…

– Alors tu es vraiment là ? Devant moi ?

– Pourquoi tu viens me voir ? ça te fait plaisir de te rappeler les jours passés où tu pleurais dans ton lit, seule et désespérée comme une tortue ? Te souvenir des fausses amitiés qui te rabaissaient sans cesse et laissaient s’en aller ta confiance en toi ? De ces gens méchants que tu détestais physiquement et moralement ? Tout comme cette fille-là, en primaire, celle qui t’enfermait dans les toilettes de l’école en riant et qui s’amusait avec tes affaires quand tu avais le dos tourné…

– Tout ça c’est du passé, je n’y pense plus maintenant…

– Mais notre « nous » du passé, elle, le vit encore, tu sais. Même si on décide de l’effacer, on ne pourra jamais l’oublier. Et toi ? Tu viens m’apporter de bonnes nouvelles ou ta vie est toujours aussi morose que maintenant ?

– Ma vie, notre vie, elle est mouvementée, c’est vrai, c’est une réalité. Tu vis seule aussi, je ne te le cache pas. Je vis dans un appartement à Montreuil qui est, depuis peu, le 23e arrondissement de Paris.

– J’exerce quelle profession ? ça paye combien ? Est-ce que j’arrive à payer mes fins de mois ?

– Réalisatrice de film, enseignante, prof, psychologue… Rien de tout ça malheureusement. Mais rassure-toi, ta vie active a été bien faite au final. Tu es architecte d’intérieur à plein temps. Tu es plus aisée que tu ne pourrais le croire à cet âge-là. Tes objectifs de l’année 2041 sont…

– Attends, attends, tu viens de 2041 ? Tu as 31 ans ! Alors, y a-t-il des voitures volantes ? L’Amazonie n’est-elle plus qu’une petite feuille morte ? Le coronavirus n’est-il plus qu’une maladie banale parmi d’autres ? Dis-moi !

– Les voitures volantes sont en cours de commercialisation. Les bus roulent au Co2. Caissier n’est plus un métier. Ceux qui l’exerçaient ont été remplacés par des machines électroniques. On apprend aux enfants à rapper du Jul en cours de musique et notre défaite mondiale à la Coupe du monde 2022 en cours d’histoire géo.

– D’accord… Et… Aurais-tu un dernier conseil pour moi ?

– Vis ta vie comme si tu devais mourir demain. Des erreurs tu en feras. Des obstacles, tu ne verras plus que ça. L’idylle inconsciente et courageuse, elle te trompera. Mais n’oublie jamais cela : « Seul est digne de la vie, celui qui chaque jour part pour elle au combat ».

– Hein ?….

Fin

C.

« Je le croise souvent… » (5)

Dans le cadre d’un travail de Français avec Mme Raimbaud sur le roman No et Moi de Delphine de Vigan dans lequel  le personnage principal est une adolescente qui fait la connaissance d’une jeune SDF, nous avons écrit un texte sur une personne que nous croisons souvent mais à qui nous ne parlons jamais.

Je le croise souvent.

Devant la boulangerie près du collège, ou sur les marches de l’église pas loin de la station St-Jacques. Il sourit toujours et chaque passant lui rend son sourire. Je lui dis bonjour et il murmure un « salut » presque inaudible. C’est tout. De temps en temps, je vois des personnes venir lui parler et lui donner du pain ou une pièce. Pas moi, je ne saurais pas quoi dire et puis, je n’ai jamais rien sur moi. Pourtant il ne doit attendre que ça, que quelqu’un vienne lui parler. Il est seul, sans personne avec qui discuter.

Mais il sourit.

Il n’a personne mais il sourit. Ses épaules se courbent sous le poids de sa misère mais il sourit. Déjà âgé, ses rêves d’enfance se sont brisés mais il sourit.

Je ne le comprends pas.

Sans domicile fixe, il ne semble pas craindre la morsure du froid d’hiver, chose que tout le monde redoute. Ses yeux gardent leur lueur malgré la dureté du béton sur lequel il s’assoit. Sa vieille casquette, posée sur ses courts cheveux grisonnants, surplombe ses deux oreilles qui n’attendent que le doux son d’une salutation.

Aimable personne à la vie si injuste, souriant mendiant aux vêtements usés, sociable monsieur qui reste solitaire, voilà ce qu’il laisse voir à travers son visage.

Justine

« Je le croise souvent… » (4)

Dans le cadre d’un travail de Français avec Mme Raimbaud sur le roman No et Moi de Delphine de Vigan dans lequel  le personnage principal est une adolescente qui fait la connaissance d’une jeune SDF, nous avons écrit un texte sur une personne que nous croisons souvent mais à qui nous ne parlons jamais.

« Je le croise souvent à chaque fois que je traverse l’avenue du Général Leclerc pour aller au collège. Il est assis sur son carton, je le regarde ou lui dit tout au plus un bonjour. Je le vois parfois parler avec des gens, probablement des amis. A chaque fois que nos regards se croisent, il me sourit, je lui souris à mon tour. Je le vois souvent tête baissée, le regard perdu, cherchant quelque chose. Il est toujours assis sur son carton. Il inspire la confiance et semble calme et apaisé. Il porte souvent un bonnet et une veste en tissu. Je ne vois pas les chaussures car il est assis en tailleur. Il a l’air calme, dans son nuage. Parfois j’ai l’impression qu’il voyage dans son esprit et que cela lui permet de passer le temps. Peut-être que c’est là qu’il vit, dans son esprit. Cette personne est sûrement quelqu’un de très agréable et calme. Il n’est pas, du moins je le pense, du genre à s’énerver ou à s’agiter. Il mène sa vie paisiblement sans rien demander à personne. Je pense que j’irai lui parler ».

Adrien