2 ans de guerre en Ukraine : 2- Sur le front, pas d’évolution mais on tient

Pour les deux ans de l’attaque de la Russie sur l’Ukraine, nos journaux ou chaines d’info en continu ont remis cette actualité à leur une. Dans un premier article, nous avions traité des nouveaux enjeux géopolitiques pour l’Ukraine qui entre dans sa troisième année de guerre de haute intensité. Il nous faut maintenant parler de la situation sur le front, où l’on commence à accepter l’idée d’une guerre longue…

L’état du front

La ligne de front s’étend sur un millier de kilomètres, à travers grands champs, forêts, marécages… comme depuis plus d’un an, le front n’a pas trop bougé. On peut citer quand même quelques opérations qui se sont produites cet automne et pendant l’hiver dont je ne vous ai pour l’instant pas parlé.

Au cours de l’automne, les Ukrainiens ont mené quelques opérations amphibies (eau+terre) sur les rives du Dniepr. Ce fleuve, berceau de l’Ukraine à valeur symbolique, est très particulier : à l’ère soviétique, on y a construit d’énormes barrages hydroélectriques qui ont créé de vastes réservoirs en amont et en aval, des îles marécageuses où le fleuve se fraie un chemin, une sorte d’estuaire, de delta très étendu. C’est sur ce dernier terrain que les brigades ukrainiennes ont attaqué les Russes en créant des têtes de pont plus ou moins efficaces sur les différentes îles.

En aval du barrage de Kakhovka, le Dniepr se fraie un chemin entre des îles marécageuses, jusqu’à Kherson et la mer Noire.
Les têtes de pont plus ou moins tenues par les Ukrainiens au cours de l’automne. Néanmoins, ils rencontrent des difficultés logistiques dues au fait que le seul pont traversant le Dniepr dans la région (visible sur la carte) était endommagé. Le ravitaillement se faisait par bac.

Stratégiquement, ces opérations n’ont pas grand sens. D’ailleurs, les têtes de pont ont été très dures à tenir au vu de la nature du terrain et de la quasi inexistence de ponts routiers et ferroviaires pour assurer le ravitaillement : ponts qui avaient été détruits par les Ukrainiens pour bloquer les acheminements russes ! Ce que l’armée ukrainienne en retire est de l’expérience pour ses troupes et pour son matériel. En effet, tôt au tard il faudra traverser le Dniepr et il faut acquérir des savoir-faire rares pour cela.

Autre opération très médiatisée : le bras de fer autour d’Avdiivka. Les Russes attaquent cette ville près de Donetsk au cours de l’automne pour engager une bataille d’attrition, d’usure. Une situation similaire à celle de Bakhmout au cours de l’hiver de l’année dernière. Comme à Bakhmout, le ratio des pertes ukrainiennes et russes est largement favorable à l’Ukraine. Mais cela ne dérange pas Poutine. Et les Ukrainiens semblent accepter le bras de fer… jusqu’à ce que le haut commandement de Kiev décide le 17 février d’évacuer la ville. Médiatiquement, l’opération est présentée comme une retraite parfaitement orchestrée, mais dans la réalité l’évènement est quai-chaotique. Les troupes ukrainiennes, submergées par les forces russes, se replient derrière des lignes plus sûres.

Sous la puissante pince russe, les Ukrainiens sont forcés d’évacuer Avdiivka, dans l’est de l’Ukraine à côté de Donetsk…
… Permettant aux Russes de combler le saillant d’Avdiivka, les Ukrainiens se repliant vers des lignes plus sûres.

Changement de commandement

Début septembre, Kiev annonçait changer le ministre de la Défense, suite à un scandale de corruption. Le ministre sortant, Oleksiï Reznikov, avait en effet été mis en cause dans différents contrats avec des entreprises fournissant l’armée ukrainienne. Le nouveau ministre de la Défense, Rustem Umerov, est un tatar de Crimée (peuple de langue turque et de religion musulmane vivant en Crimée) et un symbole fort pour Zelensky : unir les différentes cultures de son pays et les différents partis d’Ukraine (en effet, Umerov fait partie de l’opposition).

Puis, début février, c’est au tour du chef d’état-major de l’armée ukrainienne, le populaire Valeri Zaloujni de laisser sa place à Oleksandr Syrsky. Une décision qui ne fait pas l’unanimité, d’autant plus que Syrsky est réputé pour ses défenses très chères en vie humaine.

En tout cas, ces changements de commandement peuvent êtres le signe d’un changement de conduite de la guerre : « Les défis de 2022 sont différents de ceux de 2024. Par conséquent, tout le monde doit changer et s’adapter aux nouvelles réalités. Pour gagner ensemble » affirme Zaloujni dans un message.

Nous expliquerons les échecs des méthodes ukrainienne dans un prochain article.

L’essouflement industriel et l’érosion de la logistique ukrainienne

En plus des différents défis tactiques que l’on va traiter plus tard, l’essence même de la guerre n’est pas en très bon état : on parle ici de la logistique. Comme dit dans ce précédent article, les livraisons de matériels occidentaux sont rendues de plus en plus difficiles, notamment à cause de l’évolution de l’opinion publique. Il y a d’autres facteurs qui expliquent ce ralentissement, notamment industriel : nos industries d’armement sont à bout de souffle.

L’Union Européenne avait promis à l’Ukraine 1 million d’obus, seuls 220 00 ont été livrés. La France produit 40 000 obus par an, mais ce chiffre devrait passer à 80 000 : l’Ukraine en consomme 20 000 par jour. Jamais, même si les politiques européens nous le promettent, même si Emmanuel Macron met notre industrie en mode « économie de guerre » nous ne parviendrons à ce chiffre. Ce ne sont que des paroles.

Ainsi le conflit en Ukraine nous apprend bien que, c’est bien beau d’avoir de supers Rafales qu’on vend à l’étranger, c’est bien beau de faire des « Opex » spectaculaires, c’est bien beau de dire qu’envoyer des soldats en Ukraine est une éventualité, mais à un moment il faut revenir à l’essence de la guerre : la production d’armement et la chaîne logistique qui s’en suit. Si on veut prétendre être une grande puissance militaire, il faut déjà regarder nos moyens de production.

Conséquence pour l’Ukraine : elle doit limiter ses opérations et optimiser ses efforts en fonction de la quantité disponible. Une contrainte qui se rajoute au blocage tactique que l’on va évoquer dans un prochain article.

Du côté russe, le tableau n’est pas magnifique non plus : même si l’économie tourne pour la guerre, la Russie s’appuie, comme au début du conflit, largement sur ses stocks soviétiques : les mines posées en Ukraine datent de la Seconde Guerre Mondiale ! En tout cas malheureusement pour Poutine, nous ne sommes plus à l’époque de Staline : l’industrie moderne ne pourra pas fournir ce que la Russie consomme en Ukraine avec les stocks.

En conclusion, la lassitude des soldats et de la population derrière risque de se faire ressentir plus fortement dans les prochains mois, les défis tactiques qui s’imposent aux Ukrainiens rajoutent encore à la charge. La victoire pour l’Ukraine viendra des Occidentaux : l’Ukraine n’est pas capable seule de se fournir en matériels et munitions. Attention : le tableau n’est pas non plus tout blanc pour les Russes, eux aussi épuisés.

Kenzo

Le décès d’Alexei Navalny

Le 16 février dernier, l’administration pénitentiaire russe annonçait la mort d’Alexeï Navalny, principal opposant à Vladimir Poutine, dans le camp où il purgeait une peine de 19 années de prison.

photo United States Mission Geneva via Flickr

Alexei Navalny était un militant russe anticorruption et le principal opposant au gouvernement russe actuel. En août 2020, il tombe gravement malade suite à un empoisonnement au novitchok. Il tient le gouvernement russe pour responsable, mais le Kremlin dément son implication. Soigné en Allemagne, il revient en Russie en 2021 malgré les risques encourus. Il y est sommairement jugé, condamné à 19 années pour « extrémisme » et emprisonné.

Le 16 février dernier, sa mort est annoncée par l’administration pénitentiaire. Selon un communiqué du service fédéral de l’exécution des peines (FSIN) : « Le 16 février 2024, dans le centre pénitentiaire numéro 3, le prisonnier A. Navalny s’est senti mal après une promenade et a presque immédiatement perdu connaissance. Le personnel médical de l’établissement est arrivé immédiatement et une équipe de secours d’urgence a été appelée. Toutes les mesures de réanimation nécessaires ont été prises, sans résultats. Les urgentistes ont constaté le décès du condamné, […]».

La responsabilité directe de Vladimir Poutine dans cette mort est immédiatement pointée par toutes les capitales occidentales. Quant la famille d’Alexei Navalny, elle n’a accès à son corps que huit jours plus tard. Elle aussi, ainsi que les opposants à Vladimir Poutine, soupçonne une mort provoquée, et le fait que l’administration pénitentiaire ait cherché à camoufler des traces éventuelles d’assassinat (raison, pour laquelle, la dépouille n’aurait pas été remise tout de suite), ce qui ne fait pas réagir le dirigeant russe.

Dès l’annonce du décès, dans le monde de nombreuses personnes déposent des fleurs et allument des bougies à la mémoire d’Alexeï Navalny, à Berlin, Paris, Strasbourg… etc. En Russie même, et malgré les avertissements du gouvernement concernant l’interdiction de participer aux manifestations « non autorisées », des centaines de personnes se réunissent dans différentes villes afin de rendre hommage à l’opposant. Au lendemain de son décès, le 17 février, plus de 359 personnes sont arrêtées dans des conditions parfois violentes (« personnes plaquées, la tête dans la neige » selon Europe 1) et pourtant cela ne décourage pas des milliers de gens d’assister à ses funérailles à Moscou, le 1er mars.

Aujourd’hui, les gouvernements de plus de 40 pays occidentaux demandent une enquête internationale indépendante sur la mort de ce dernier, et certains pays tels que le Canada ou les Etats-Unis ont annoncé des nouvelles sanctions contre la Russie.

En Russie, à quelques semaines de l’élection présidentielle russe (du 15 au 17 mars), l’émotion est toujours vive parmi les opposants à Poutine et la tombe de Navalny est encore et chaque jour recouverte de fleurs.

Bao Nam

Deux ans de guerre en Ukraine : 1 – les nouveaux enjeux géopolitiques

Pour les deux ans de l’attaque de la Russie sur l’Ukraine, nos journaux ou chaines d’info en continu ont remis le sujet à leur une. Dans leurs colonnes, un mot qui revient souvent : « lassitude », à croire que ces médias en sont eux-mêmes lassés. C’est dans ce contexte que l’Ukraine continue son combat, dans un monde aux enjeux nouveaux et aux nouvelles poudrières : alors que le duel Trump-Biden s’engage de nouveau et tandis que la question explosive palestinienne est au premier plan…

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en visite dans un hôpital militaire en mars 2022 / photo via Wikimedia Commons

L’enjeu du conflit Israël-Hamas

Depuis l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre, le Proche-Orient est à nouveau agité par des guerres et des tensions remises au jour par les médias occidentaux. Ces médias, justement, semblent tourner l’opinion publique vers cette région. On se remémore le problème palestinien qui depuis longtemps ne faisait plus la une. Tous cela aux dépends d’autres crises internationales, dont l’Ukraine.

La guerre au Proche-Orient a pour première conséquence pour l’Ukraine la diminution de son soutien et de l’intérêt porté par les opinions publiques occidentales sur le conflit au Donbass. Des munitions américaines destinées à l’Ukraine ont pris finalement la destination d’Israël. Le financement en grande partie américain est diminué, pour soutenir Israël. Les Ukrainiens ont peur de (re)tomber dans l’oubli.

Une fois la guerre entre Israël et le Hamas commencée, les deux belligérants de la « guerre en Ukraine » y ont vu une carte à jouer. Naturellement, on a cherché à consolider des alliances : du côté de l’Ukraine d’abord, on accorde son soutien à Israël. Le pays hébreu est l’allié de l’Oncle Sam, qui est le premier soutien de l’Ukraine. Le président a une grand-mère juive. C’est ainsi qu’on fête en Ukraine en décembre la Hanoukka, fête juive ayant aussi fait polémique à l’Elysée.

Du côté russe, on se range du côté anti-israélien. L’Iran, qui fournit Moscou en drones, est l’ennemi juré d’Israël. Une chaîne russe a même accordé une interview à l’un des dirigeants du Hamas ! C’est une position particulière, critiquée par des membres du Likoud (parti de Netanyahou), sachant que beaucoup d’Israéliens sont d’origine russe.

Les démocraties à l’épreuve

A l’approche des élections présidentielles américaines, le monde retient son souffle. Du démocrate très impliqué à l’étranger Biden, au républicain isolationniste Trump (America First), le changement pour le monde peut être radical. Que dire des conflits dont l’issue dépend en partie de Washington ? Taiwan, Israël, l’Ukraine ?

En France, on pourrait aussi se poser la question des présidentielles de 2027 : un candidat eurosceptique du RN, par exemple, parviendrait à l’Elysée, quelle conséquence pour l’Ukraine ? En tant que première puissance militaire de l’UE, la France est un élément central du soutien européen à Kiev. Tout cela sans parler de l’extrême droite européenne de plus en plus influente.

Toutes ces situations inquiétantes pour l’Ukraine, et (selon votre opinion) pour nous, illustre bien le propos du général Richoux : les démocraties sont fragiles et les issues de la guerre quand des démocraties sont impliquées dépendent de l’opinion publique, finalement si manipulables…

En conclusion, les opinions occidentales sont bien « lassées » : bombardées d’informations dans les premiers mois de la guerre, les chaînes d’info en continu et les conférences de rédactions voient bien que les opinons sont plutôt emballées par les nouvelles de Gaza… Aux Etats-Unis, un nouveau soutien financier de l’Ukraine voulu par le démocrate Biden est bloqué par les troupes de Trump. Un triste quotidien s’installe en Ukraine, tandis que les cartes géopolitiques ne cessent d’être rebattues, et le prochain tremblement de terre sera probablement novembre 2024, élection américaine…

Kenzo

Remarque : les propos du président de la République à propos d’un potentiel envoi de troupes occidentales en Ukraine auraient pus être traités dans cet article, mais je considère que cela relève plus d’une polémique purement politique que d’une parole à portée stratégique et géopolitique.

Proche-Orient, aux origines du conflit – 2 Guerres, colonisation, et résistance

Pour tenter de comprendre les enjeux de ce qui se passe au Proche-Orient entre Israël et le Hamas, il nous a semblé qu’il fallait se replonger dans l’Histoire. Dans un précédent article (ICI), nous nous étions arrêtés à la première guerre israélo-arabe où se jouait la survie d’Israël. La suite du conflit israélo-palestinien vit la continuation des guerres entre Israël et ses voisins arabes, mais aussi l’émergence d’une opposition palestinienne plus forte, représentée par l’OLP. C’est cette période qui explique en grande partie les tensions et les rancœurs qui ressurgissent aujourd’hui…

Les guerres isréalo-arabes

Une série de conflits qui mobilisent les pays arabes voisins contre Israël vont se déclencher. Ces conflits sont connus sous le nom de guerres israélo-arabes.

En 1956, c’est la crise du canal de Suez. L’Egypte nationalise le canal de Suez et une coalition franco-britannique s’engage contre le pays du Nil, soutenue par l’Etat hébreu, qui voit ainsi ses adversaires affaiblis.

En 1967, c’est la Guerre des Six Jours. Cette fois, c’est Israël qui attaque suite à une escalade des tensions avec les voisins arabes syriens, jordaniens et égyptiens. Les armées arabes sont surprises et l’Egypte perd la quasi-totalité de son aviation. Grâce à sa supériorité sur ses adversaires, Tsahal (l’armée israélienne) parvient à conquérir près de 70 000 km2 de terres au détriment des voisins arabes, notamment la bande de Gaza et le Sinaï (auparavant occupés par l’Egypte), la Cisjordanie (sous contrôle jordanien), et le plateau du Golan (appartenant à la Syrie dans le passé). La guerre est stoppée lorsqu’Israël accepte la paix proposée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

En 1973, la guerre du Kippour. Malgré tout, la rancœur persiste chez les Egyptiens et les Syriens, cherchant à se venger de l’humiliation qui leur a été infligée. En 1973, les armées israéliennes et égyptiennes (entre autres) s’affrontent lors de la Guerre de Kippour. Cette fois, ce sont les Egyptiens qui tentent leur chance en traversant le 6 octobre le canal de Suez pour attaquer les positions israéliennes du Sinaï. Dans le même temps, la Syrie attaque sur le plateau du Golan. L’attaque a lieu le jour saint férié en Israël du Yom Kippour, ce qui surprend totalement Tsahal. Mais au bout de 4 jours, Israël montre encore sa supériorité : l’Egypte se retrouve rapidement dans une impasse et la situation en Syrie n’est guère mieux : les troupes israéliennes parviennent même jusqu’à 40km de Damas !

Heureusement, sous la pression internationale des Etats-Unis et de l’URSS, un cessez-le-feu est instauré au 19e jour des combats. Un processus d’apaisement s’installe alors : l’Egypte reconnait Israël, le Sinaï repasse peu à peu aux mains de l’Egypte et la Syrie récupère une partie du Golan. Mais la Cisjordanie et la bande de Gaza restent occupées par Israël et Jérusalem Ouest et Est (dont les frontières étaient fixées par le plan de partage de l’ONU) sont réunifiées pour en faire la capitale de l’Etat hébreu.

La colonisation israélienne (kibboutz et hitnahalut)

Entre temps, la colonisation israélienne évoquée dans la première partie continue. La Cisjordanie occupée voit la multiplication des colonies israéliennes, appelées hitnahalut ou kibboutz. Le premier terme désigne une colonie israélienne en territoire palestinien, tandis que le second désigne selon Wikipédia « une organisation sioniste destinée à l’implantation de populations juives en terre d’Israël ». Plus particulièrement, c’est une communauté d’inspiration marxiste où la propriété privée n’existe pas et où l’on vit en « communauté ».

Par ces deux moyens, il s’agit pour le peuple israélien « d’occuper la terre des ancêtres » et de la cultiver, car c’est un symbole fort d’appartenance à la terre.

Mais tout ceci se fait souvent aux dépends, là encore, des Palestiniens.

En Cisjordanie, une inégalité se creuse entre les Israéliens et les Palestiniens : inégalité d’accès à l’eau, inégalité de richesse, de salaire… Mais en plus, certains Palestiniens subissent des humiliations quotidiennes, leurs maisons sont régulièrement fouillées. C’est là tout l’enjeu des tensions en Cisjordanie.

L’origine de l’OLP et ses premières actions

A cause de ces inégalités, une résistance palestinienne s’est organisée : elle est représentée par le l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), une organisation créée en 1964, et qui sera assimilée au Fatah.

L’OLP utilise, au début, des moyens armés considérés comme terroristes. Son objectif assumé est de faire connaitre internationalement la cause palestinienne, mais aussi de s’attaquer directement à Israël. Dans les années 70-80, l’OLP commet plus de 8000 attentats, avec 650 victimes principalement des victimes civiles israéliennes. En 1974, avec la médiation de l’Algérie, l’OLP reçoit le statut d’Etat observateur aux Nations Unies, et devient donc le représentant des Palestiniens.

Yasser Arafat, dirigeant de l’OLP en 1996 / Photo Gideon Markowiz / Photographer: Israel Press and Photo Agency (I.P.P.A.) / Dan Hadani collection, National Library of Israel / CC BY 4.0, CC PAR 4.0, via Wikimedia Commons

Le Fatah est elle une organisation politique, fondée en 1959 par des jeunes étudiants palestiniens. Un de ses personnage phare est Yasser Arafat. Né au Caire en 1929, il dirige l’OLP à partir de 1969. Ce groupe prône une Palestine où les juifs, les chrétiens et les musulmans vivraient ensemble sans distinction de religion ou d’ethnie : une « Palestine démocratique non confessionnelle« . Dans les années 1980, Yasser Arafat change de politique et prône désormais une solution politique et diplomatique plutôt que la guerre et en 1988, l’OLP renonce au terrorisme, reconnait le droit d’Israël à vivre en paix et est désormais considérée comme la représentante du peuple palestinien. Aujourd’hui, le Fatah siège toujours au Conseil Législatif Palestinien (sorte d’Assemblée nationale palestinienne) où il a 45 sièges sur 132.

La première Intifada

Lorsqu’il y a trop de rancœur, elle finit par éclater.

La 1ère Intifada, signifiant « soulèvement », éclate à la suite de faits divers et meurtres entre Israéliens et Palestiniens. Le ras-le-bol des Palestiniens se matérialise par des émeutes envers les policiers et militaires israéliens en lançant des pierres et des cocktails Molotov, c’est pourquoi ces soulèvements sont aussi appelés « guerre des pierres ». Mais, des fois, cela peut virer à des attentats sur la population civile israélienne. Et la répression israélienne est très forte. Au total, plus de 1000 Palestiniens seront tués par des militaires israéliens et 800 par des civils israéliens, tandis qu’on dénombre plus de 200 civils israéliens tués et un peu moins de 100 militaires et policiers décédés.

Ces soulèvements sont aussi l’avènement du Hamas. A l’origine, c’est la branche palestinienne de l’organisation islamiste égyptienne des Frères Musulmans. Le Hamas est officiellement créé en 1987 par des religieux gazaouis, c’est donc au départ un mouvement islamiste et nationaliste palestinien. Dès le début, son chef, Ahmed Yassine, prône la violence contre « l’occupant hébreu ». L’organisation est déclarée illégale par Israël en 1989. Ironie du sort, c’est ce même Etat qui avait autorisé le financement de l’organisation islamiste, pour affaiblir l’OLP à l’époque terroriste dans la résistance palestinienne ! Au début des années 1990, le Hamas commet ses premiers attentats terroristes. Cette organisation est aujourd’hui considérée comme terroriste par de nombreux pays Occidentaux, dont la France. Son financement provient de l’Iran et du Qatar.

La 1ère intifada se terminera en 1993 par le processus de paix qui aboutira aux accords d’Oslo…

Kenzo

(A suivre, Les accords d’Oslo, une paix ratée)

L’IA fait son entrée en guerre

Le conflit entre Israël et le Hamas ainsi que la guerre en Ukraine explorent des domaines de la guerre jusque là jamais expérimentés : dans un précédent article était démontrée la dimension spatiale des tensions au Proche-Orient. Une technologie qui a fait son entrée l’année dernière, l’IA générative, a fait aussi son entrée dans la guerre avec ces 2 conflits, ouvrant ainsi à la recherche militaire un nouveau domaine aux infinis avenirs. Non sans poser de multiples questions éthiques.

Dans la bande de Gaza, les victimes (morts et blessés) se comptent par dizaines de milliers. Du jamais vu en un laps de temps si court. L’explication se trouve dans les nouvelles technologies : l’armée israélienne assume ouvertement son recours à l’IA pour générer plus d’hypothèses de cible.

En effet, la technologie est utilisée pour traiter des données issues du renseignement (placement des troupes ou des chefs…) et des données de possibilités logistiques, ainsi que d’autres facteurs pour, au final, proposer des cibles potentielles de bombardement. Plus précisément 2 programmes de calculs sont utilisés : Gospel (aussi appelé Habsora) génère les cibles comme décrit précédemment et Fire Factory, qui organise ensuite les bombardement et coordonne les avions, drones et autres pièces d’artilleries.

Ces propositions de cibles et de mise en œuvre de bombardement sont ensuite transmises au commandement qui peut alors prendre des décisions. L’IA utilisée par Israël produit maintenant plus de 100 cibles par jour, dont la moitié seront bombardées. « Pour mettre cela en perspective, dans le passé, nous produisions 50 cibles à Gaza par an« , affirmait en 2021 Aviv Kochavi, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne. C’est considérable.

Certains officiers israéliens témoignent que les critères de pertes civiles sont minimes voire inexistants. Les officiers supérieurs prennent en compte plus les « dégâts » causés au Hamas que l’ampleur des pertes civiles. Toujours selon ces militaires israéliens, ces bombardements ne sont là que pour nuire à la population palestinienne, d’où leur appellation « usine à assassinat de masse » pour désigner le système de prise de décision de bombardement.

Parallèlement, en Ukraine, on est dans la même application. Mais, on l’a vu, l’Ukraine est un conflit de haute intensité, donc l’IA est utilisée beaucoup plus largement au niveau tactique. La technologie est surtout utilisée pour le ciblage par l’artillerie avec les mêmes techniques qu’au Proche-Orient, mais aussi pour optimiser les reconnaissance aériennes de drones. 

L’énorme différence avec Israël réside dans les acteurs des algorithme de calcul : tandis que Tsahal a sa propre section dédiée à l’IA, l’Ukraine fait appel à des acteurs privés (principalement la firme américaine Palantir qui revendique 90% du ciblage ukrainien) pour son usage de l’IA. En effet, les données dont sont friandes les IA pour leur entraînement et leur perfectionnement, sont légion en Ukraine, ce qui attire les entreprises privées et les start-ups. Et cela change tout : ainsi la défense d’un Etat reposerait en partie sur le bon vouloir d’un acteur privé étranger ? En tout cas l’entreprise du Colorado affirme qu’elle « ne recueille pas, ne stocke pas et ne vend pas de données« . Et l’Ukraine lance un plan pour être en 2030 une nation leader de l’IA.

Au delà de l’aide au ciblage, l’IA, pourrait aussi servir dans la détection de sous-marins : jusqu’à présent ils parviennent à se glisser dans l’océan en émettant des bruits qui ne sont pas perceptibles par les armées les plus avancées au monde. Mais l’arrivée de l’IA rebat les cartes : cette technologie pourrait bien analyser une multitude de bruits en temps record pour détecter ainsi les sous-marins. On a ainsi une véritable course dans le domaine : les Etats-Unis et la Chine sont déjà lancés, sans citer une multitudes d’autres nations, mais la France reste à la traîne. On pourrait aussi imaginer l’IA pour une aide à la prise de décision au niveau stratégique : l’ONU teste déjà un algorithme pour résoudre des conflits et des crises en entrant moult facteurs.

Quoiqu’il en soit, les militaires pensent qu’il faudrait établir des règles d’emploi pour l’usage militaire de l’IA : encadrer son développement et ne pas produire une situation similaire à Mission Impossible : Dead Reckoning !

Kenzo

Proche-Orient, aux origines du conflit – 1 La naissance de l’Etat d’Israël

Nous avions déjà fait un article sur l’attaque du 7 octobre par le Hamas sur Israël (ici). Mais nous ne nous sommes pas interrogés sur les origines des tensions dans la région, et pourquoi ces questions font autant débat. Ainsi pour mieux comprendre la situation actuelle, il faut se replonger dans l’Histoire…

1945. La Seconde Guerre mondiale s’achève, et l’Europe sort exsangue d’une guerre qui a fait des dizaines de millions de victimes, dont 6 millions de Juifs déportés et exterminés par le régime nazi d’Hitler. Ceci est la conséquence de la montée de l’antisémitisme en Europe au XIXe siècle. Et parallèlement, s’est développé un autre courant de pensée, le sionisme.

Le sionisme est défini par l’Académie Française comme un « mouvement politique et religieux né dans la seconde partie du xixe siècle, prônant le retour des Juifs en Palestine et la création d’un État juif ». Avec l’aide du Royaume-Uni qui possède la province de Palestine, ce mouvement installe des colonies sur ce qui, pour les Juifs, est la Terre Promise, de Caanan, où les Juifs étaient souverains avant la diaspora.

Pour comprendre à partir de là, il faut encore remonter dans le temps. Le peuple Juif, qui peuplait alors la Palestine, fut soumis par les Romains au Ier siècle av. J.C. Après s’être révoltés plus de 2 fois, leur Temple fut détruit par l’empereur Hadrien en 135 et la plupart prirent alors la fuite vers le reste du pourtour méditerranéen et formèrent des communautés à travers la Méditerranée et l’Europe. C’est ce qu’on appelle la diaspora.

Ainsi, à partir des années 1930, des premiers Juifs commencent à s’installer en Palestine en ayant le sentiment de « revenir » sur la Terre de leurs ancêtres. Comme dit plus haut, ils fuient l’antisémitisme et beaucoup viennent d’Allemagne où s’installe le régime nazi.

En revanche, ils ne s’installent pas dans un désert : il y a bien des populations locales qui sont majoritairement arabes. Ces arabes sont à 80% musulmans, mais on trouve également beaucoup de chrétiens (10%) et de Juifs n’ayant pas fui lors de la diaspora (10%). Or, l’installation des colons se fait au dépend de ces populations et très tôt certains chrétiens et musulmans prennent les armes contre les colons.

La création de l’Etat d’Israël

Le plan de partage de l’ONU en 1947. Image libre de droit.

C’est dans ce contexte que la décision est prise par la toute nouvelle ONU de départager la Palestine entre les arabes et les colons juifs, après le retrait du Royaume-Uni. Un Etat d’Israël est proposé aux populations arabes qui refusent le plan de partage. Ce plan créée plusieurs enclaves de chaque côtés, ce qui par nature déplaît. Aux colons est attribué le désert de Néguev (sud), la côte méditerranéenne ainsi que le Haut Jourdain.

Malgré tout un conflit éclate entre les Palestiniens et les colons juifs, qui aboutit à la victoire juive. L’Etat d’Israël est proclamé le 15 mai 1948. Aussitôt, ce sont ses voisins arabes (Egypte, Jordanie, Syrie…) qui attaquent Israël : on parle alors de la Guerre d’indépendance.

Encore victorieuse, Israël en profite pour récupérer un peu plus de terres que prévu par le plan de partage de l’ONU. Commence alors une immigration massive vers le tout nouvel Etat hébreu.

Cette immigration est composée de Juifs du monde entier : rescapés de la Shoah (Europe), séfarades (Maghreb), juifs d’Amérique, mais aussi des Juifs venant de pays arabes. Très vite se construit un Etat démocratique sur le modèle occidental, mais qui a du mal à s’intégrer parmi ses voisins.

Kenzo

Bande de Gaza, que s’y passe-t-il ?

Depuis le 1er décembre et la fin de la trêve entre Israël et le Hamas qui, en instaurant un cessez-le-feu entre les deux camps, a permis la libération de 70 otages Israéliens enlevés par le Hamas en échange de 210 prisonniers palestiniens détenus en Israël et l’acheminement d’un peu d’aide humanitaire dans la bande de Gaza, les combats ont repris avec une rare intensité, l’armée israëlienne gagnant le sud de la bande de Gaza.

Les civils du sud et tous les réfugiés qui ont fui le nord (on compterait plus d’1 million de déplacés) se retrouvent dans des conditions effroyables à cause des bombardement aériens ininterrompus et du blocus total imposé par Israël. Les camps de réfugiés, les hôpitaux, des résidences civiles et des écoles ne sont épargnés par ces bombardements. Selon les chiffres du Hamas (qui ne sont pas vérifiables), 17 177 Palestiniens seraient morts entre le début du conflit et le 7 décembre dont 70% de femmes et enfants. Le nombre de blessés ne cesse lui aussi d’augmenter alors que « Le système de santé de Gaza est à genoux », comme l’a indiqué le chef de l’agence de santé de l’ONU, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Par ailleurs, la population est confrontée à une raréfaction de l’eau potable et des denrées alimentaires.

De plus en plus de pays et d’ONG font entendre leur voix, dénonçant ces combats meurtriers et la disproportion de la riposte israélienne par rapport aux attaques du Hamas. Cependant le 8 décembre, les Etats-Unis ont mis leur veto à une première résolution de l’ONU réclamant un cessez-le-feu humanitaire. Pour répondre à ce blocage, l’Egypte et la Mauritanie réclamaient hier le 11 décembre une assemblée générale extraordinaire qui doit se réunir aujourd’hui même.

Bao Nam

Sources :

Un chien bientôt interdit au Royaume-Uni

Les raisons pour lesquelles nous avons choisi ce sujet pour notre article peuvent paraître un peu troubles. C’est le journal 1 jour 1 actu qui nous a conduites sur la piste de l’American Bully XL. Nous avons trouvé l’info intrigante mais aussi divertissante en regard d’une actualité internationale du moment par ailleurs très dramatique.

photo CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

En septembre, le Premier Ministre britannique a annoncé que l’American Bully XL, une race de chien créée par des éleveurs, a été jugée trop dangereuse car certains de ces animaux ont déjà blessé et tué des personnes.

Ces chiens ont été créés aux Etats-Unis il y a 30 ans : des producteurs ont choisi certaines races de chiens massives et les ont fait se reproduire entre elles pour former l’American Bully XL. Il est arrivé en Europe il y a quelques années.

La loi interdisant la commercialisation de ces chiens a été déposée au Parlement britannique le 31 octobre dernier et va être appliquée dès le 1er février. Les personnes qui en possèdent un devront respecter des règles strictes de dressage et les tenir en laisse, les museler pendant les promenades… Les personnes violant ces règles devront les faire euthanasier (endormir pour le reste de la vie du monde et de l’univers intersidéral).

L’American Bully XL fait 50kg (en moyenne un enfant de 14 ans) et 57 cm. Il est devenu un animal de compagnie très populaire durant le confinement du Covid 19.

Nous vous remercions chaleureusement d’avoir lu cet article !

Valentine et Léonie

Présidentielle en Argentine, élection d’un fou furieux

Dimanche 19 novembre, Javier Milei a été élu Président des Argentins avec 56% des voix. Qui est ce monsieur ?

Javier Milei aime qu’on l’appelle « Le lion », il aime aussi se présenter à ses meetings en brandissant une tronçonneuse qui symbolise toutes les coupes budgétaires qu’il entend faire dans le budget de l’Etat, et ses discours sont plutôt vulgaires. Il n’est apparu en politique qu’en 2021 et avait bâti son succès pendant le confinement avec des propos complotistes et anti-vax.

Comment un tel personnage a-t-il pu arriver au pouvoir ? Le « spectacle » qu’il donne a sans doute joué. Mais l’inflation très importante que connaît l’Argentine, l’augmentation de la pauvreté qui en découle, ont aussi poussé les électeurs, déçus par les précédents gouvernements, à voter pour quelqu’un qui n’avait jamais encore été au pouvoir, comme une espèce de « sortie de secours ».

Javier Milei dont la philosophie est que moins il y a d’Etat et mieux les gens se portent, a d’ores et déjà annoncé, sous prétexte d’économies, la suppression des ministères des Femmes, de la Culture, de l’Environnement et du Développement durable…

De notre côté, nous pensons globalement l’inverse et que le rôle de l’Etat est d’aider les gens en leur assurant l’éducation, la santé et une meilleure qualité de vie.

José

Quelques images effrayantes

Les perspectives militaires pour l’Ukraine : à l’Est rien de nouveau

Comme dit dans cet article, la soit disant contre-offensive ukrainienne n’avance pas. C’était le deuxième été de la guerre, et le précédent a été plus fructueux en termes d’avancées et de victoires. Pour les Ukrainiens, cette ligne de front est horriblement statique. Nous dirigeons nous vers un conflit gelé ?

Les perspectives offensives : une impasse

Quand est ce que les Ukrainiens pourraient lancer une grande offensive ?

Pour le général Richoux, consultant défense sur LCI, une contre-offensive pour cet automne, ce n’est plus possible. Pour les raisons logistiques développée dans le précédent article d’une part, et surtout pour une question de temps d’autre part. Et c’est le climat ukrainien qui va dicter le rythme des opérations.

Les pluies ukrainiennes de l’automne transforment déjà le champ de bataille en un bourbier infernal pour les deux camps, immobilisant les deux forces blindées-mécanisée. Les chances de réussite sont donc faibles, d’autant plus que l’ennemi (dans les deux camps) voit tout ce qu’on fait, ce qui réduit encore la surprise. Ainsi on pourrait se dire qu’il faudrait attendre le retour des beaux jours, au printemps 2024, pour relancer la guerre de mouvement. Heureusement un autre facteur météorologique peut ramener la guerre de mouvement.

En effet, l’hiver ukrainien est très très rude, en l’absence de Gulf Stream. Les températures sont en dessous de zéro sur la plupart de la ligne de front. Et quand le sol est gelé, plus de boue, le déplacement devient donc un peu moins laborieux. Donc une offensive d’hiver est certes beaucoup plus laborieuse qu’une offensive d’été, mais elle reste possible et peut aboutir à quelque chose. De plus, le ciel n’étant pas souvent clair (brouillard, précipitations), l’usage d’aéronefs (drones, avions de reconnaissance) devient extrêmement difficile et en cas de brouillard, inutile.

C »est le pari fou qu’Hitler a voulu tenir en décembre 1944 jusqu’au mois de février 45 en attaquant dans la forêt belge des Ardennes. La météo exécrable de cet hiver profite aux Allemands, car les Alliés (ayant la supériorité aérienne) ne peuvent plus sortir leurs avions et le rapport de force s’égalise. Heureusement pour les Alliés, la supériorité aérienne anglo-saxonne a pu faire la différence et ce fut bien la bataille fatale sur le front ouest pour l’Allemagne… Plus récemment, c’est en hiver que la Russie a pris « l’initiative » d’attaquer à Bakhmout, avec le succès relatif qu’on connait…

Malgré tout, vers la fin de l’hiver, le dégel en surface provoque un phénomène bien connu chez les Ukrainiens : la glace fondue n’a nulle part ou s’évacuer, car le sol en profondeur est encore gelé, ce qui génère un bourbier en surface qui, là encore, entrave la progression des troupes. C’est ce qui est arrivé aux Russes au tout début de cette guerre, lorsqu’ils ont attaqué en février mars 2022.

Enfin l’autre hypothèse, la plus probable, c’est dans les années qui suivront, le temps de la préparation logistique.

Sur quels secteurs et pour quels objectifs l’Ukraine attaquerait-elle en cas d’offensive ?

Il faut d’abord éliminer certains secteurs qui ne peuvent probablement pas être le lieu d’une prochaine offensive.

  • Tout d’abord la frontière russe. Fortifiée, l’attaquer serait pour l’Ukraine « attaquer » la Russie, faire la guerre sur son territoire, pas en tapant avec des missiles, mais en occupant ces territoires. Il faudrait régler des trucs avec la communauté internationale, et c’est pas top. Malgré tout, cela décrédibiliserait le discours de Poutine sur une « opération militaire spéciale », vu que les Russes seraient attaqués sur leur territoire.
  • Au Nord, ce sont plutôt les Russes qui avancent. Les attaquer là où ils sont forts est risqué (même s’ils sont partout forts), d’autant plus que les territoires qu’ils protègent derrière ne sont pas la priorité numéro 1 de l’état major ukrainien.
  • Et puis au sud, le long du Dniepr, sur la ligne Zaporijia-Kherson, il faut d’abord traverser le Dniepr, donc avoir des bateaux (à construire, à transporter, etc.), et puis tenir la tête de pont (en se souvenant de la difficulté qu’ont eue les Russes en tenant la tête de pont de Kherson), sans parler des âpres combats que les deux camps auront à subir… Quoique dure, cette perspective est intéressante, elle donne directement sur la Crimée, région annexée par la Russie en 2014, et qui représente beaucoup pour Poutine…

La dernière solution est de lancer l’offensive au centre, entre Zaporijia et Donetsk, comme le faisaient les Ukrainiens fin août mais avec moins de moyens, paralysés par le problème logistique. D’ailleurs ils continuent d’affirmer que les opérations offensives de cet été étaient des « contre-offensives ».

Le problème est que les Russes ont sur-fortifié la zone, car ils ne sont pas bêtes non plus : ce front, s’il est percé, donne accès à d’importants nœuds ferroviaires et routiers (ravitaillement) : Tokmak, Melitopol… Surtout, l’autoroute M14, qui passe par Marioupol, Melitopol avant de desservir Kherson et toute la Crimée, est essentielle au ravitaillement russe.

L’objectif des troupes engagées dans le front Zaporijia-Donetsk serait bien de foncer vers les axes routiers majeurs Est Ouest passant par Melitopol. Il faudrait s’emparer de Tokmak, clef de voûte des fortifications russes et nœud routier majeur. Puis, foncer, selon un axe suivant le tracé des grandes artères routières, pour s’emparer de Melitopol, couper l’autoroute Russie-Kherson-Crimée, et atteindre la mer d’Azov, juste au sud de Yakymivka. Image Kenzo

Cela veut dire que si l’autoroute est prise, ou que si elle est à portée de l’artillerie ukrainienne, elle permettrait d’assiéger en quelque sorte les troupes russes qui auraient alors 2 solutions pour survivre et tenir face aux Ukrainiens et se ravitailler : par le pont de Kertch ou pont de Crimée qui relie la Russie à la presqu’île (pont visé continuellement par les drones suicides et missiles ukrainiens, donc pas du tout opérationnel), ou par la mer, avec des navires. Mais les bâtiments russes sont de plus en plus vulnérables aux drones navals ukrainiens, comme on l’a vu cet été, ce serait très difficile de coordonner (surtout dans l’armée russe) les composantes terre et mer, et le port militaire de Sébastopol (Crimée) croule déjà sous le feu ukrainien.

En résumé, il s’agirait, avec des moyens conséquents de percer un endroit dans la ligne Zaporijia-Donetsk, idéalement là où les Ukrainiens obtiennent quelques succès relatifs (Robotyne…), d’exploiter en fonçant sur les centres logistiques (Melitpol…) et coincer les Russes stationnés en Crimée et sur les rives du Dniepr.

Ainsi, les Russes seraient « assiégés » dans la région de Kherson et la Crimée, privés de ravitaillement terrestre routier et ferroviaire : le long de la côte Nord de la mer d’Azov grâce aux avancées ukrainiennes, et au sud à cause des bombardements sur le pont de Kertch, qui relie la Crimée à la Russie. La seule et unique voie (représentée en bleu) serait la mer, mais très vulnérable aux drones navals ukrainiens qui font souffrir la flotte russe basée à Sébastopol, et surtout à faible débit, d’autant plus que le port de Sébastopol est, comme nous l’avons dit très endommagé. Il ne resterait plus à la Russie qu’à évacuer ses hommes de cet région. Image Kenzo

Comme à Dunkerque en 1940, où les divisions Panzer d’Hitler piégèrent les troupes britanniques et françaises dans une « poche » où le seul ravitaillement était par la mer. Cependant le port fut bombardé et, inutilisable et sous le harcèlement constant des aéronefs allemands, furent évacuées par la mer les troupes britanniques ainsi qu’une partie des Français, le restant des unités françaises s’étant sacrifiées pour couvrir l’opération nommée Dynamo.

Tous ces scénarios font rêver, mais il faut se rappeler que ce ne sont que des hypothèses. De plus, une des hypothèses les plus probables est que le conflit se gèle pour de bon, les fortifications russes étant trop puissantes, mais l’armée de Poutine pas assez coordonnée et efficace en attaque (comme on l’a vu en 2022), personne n’arriverait à prendre le dessus, comme en 14-18, lorsque les armées, construisant toutes les deux des tranchées impassables, n’avançaient plus. Il a fallu attendre que le rapport de force change, d’abord en faveur des Allemands (grâce à l’arrivée de nouvelles troupes) puis des Alliés (aide américaine), pour que la ligne de front bouge.

Kenzo