
Pour les deux ans de l’attaque de la Russie sur l’Ukraine, nos journaux ou chaines d’info en continu ont remis le sujet à leur une. Dans leurs colonnes, un mot qui revient souvent : « lassitude », à croire que ces médias en sont eux-mêmes lassés. C’est dans ce contexte que l’Ukraine continue son combat, dans un monde aux enjeux nouveaux et aux nouvelles poudrières : alors que le duel Trump-Biden s’engage de nouveau et tandis que la question explosive palestinienne est au premier plan…

L’enjeu du conflit Israël-Hamas
Depuis l’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre, le Proche-Orient est à nouveau agité par des guerres et des tensions remises au jour par les médias occidentaux. Ces médias, justement, semblent tourner l’opinion publique vers cette région. On se remémore le problème palestinien qui depuis longtemps ne faisait plus la une. Tous cela aux dépends d’autres crises internationales, dont l’Ukraine.
La guerre au Proche-Orient a pour première conséquence pour l’Ukraine la diminution de son soutien et de l’intérêt porté par les opinions publiques occidentales sur le conflit au Donbass. Des munitions américaines destinées à l’Ukraine ont pris finalement la destination d’Israël. Le financement en grande partie américain est diminué, pour soutenir Israël. Les Ukrainiens ont peur de (re)tomber dans l’oubli.
Une fois la guerre entre Israël et le Hamas commencée, les deux belligérants de la « guerre en Ukraine » y ont vu une carte à jouer. Naturellement, on a cherché à consolider des alliances : du côté de l’Ukraine d’abord, on accorde son soutien à Israël. Le pays hébreu est l’allié de l’Oncle Sam, qui est le premier soutien de l’Ukraine. Le président a une grand-mère juive. C’est ainsi qu’on fête en Ukraine en décembre la Hanoukka, fête juive ayant aussi fait polémique à l’Elysée.
Du côté russe, on se range du côté anti-israélien. L’Iran, qui fournit Moscou en drones, est l’ennemi juré d’Israël. Une chaîne russe a même accordé une interview à l’un des dirigeants du Hamas ! C’est une position particulière, critiquée par des membres du Likoud (parti de Netanyahou), sachant que beaucoup d’Israéliens sont d’origine russe.
Les démocraties à l’épreuve
A l’approche des élections présidentielles américaines, le monde retient son souffle. Du démocrate très impliqué à l’étranger Biden, au républicain isolationniste Trump (America First), le changement pour le monde peut être radical. Que dire des conflits dont l’issue dépend en partie de Washington ? Taiwan, Israël, l’Ukraine ?
En France, on pourrait aussi se poser la question des présidentielles de 2027 : un candidat eurosceptique du RN, par exemple, parviendrait à l’Elysée, quelle conséquence pour l’Ukraine ? En tant que première puissance militaire de l’UE, la France est un élément central du soutien européen à Kiev. Tout cela sans parler de l’extrême droite européenne de plus en plus influente.
Toutes ces situations inquiétantes pour l’Ukraine, et (selon votre opinion) pour nous, illustre bien le propos du général Richoux : les démocraties sont fragiles et les issues de la guerre quand des démocraties sont impliquées dépendent de l’opinion publique, finalement si manipulables…
En conclusion, les opinions occidentales sont bien « lassées » : bombardées d’informations dans les premiers mois de la guerre, les chaînes d’info en continu et les conférences de rédactions voient bien que les opinons sont plutôt emballées par les nouvelles de Gaza… Aux Etats-Unis, un nouveau soutien financier de l’Ukraine voulu par le démocrate Biden est bloqué par les troupes de Trump. Un triste quotidien s’installe en Ukraine, tandis que les cartes géopolitiques ne cessent d’être rebattues, et le prochain tremblement de terre sera probablement novembre 2024, élection américaine…
Kenzo
Remarque : les propos du président de la République à propos d’un potentiel envoi de troupes occidentales en Ukraine auraient pus être traités dans cet article, mais je considère que cela relève plus d’une polémique purement politique que d’une parole à portée stratégique et géopolitique.