
Deux évènements, en Ukraine nous intéresserons aujourd’hui. Dans la nuit du 5 au 6 juin 2023, dans l’oblast (région) de Kherson, on a observé la destruction du barrage de Kakhovka, sur le Dniepr. Les eaux ainsi retenues ont déferlé sur la campagne alentour, provoquant une catastrophe humaine et écologique. Le responsable est inconnu. Dans les jours suivants, on a observé que les Ukrainiens multipliaient les efforts sur certains points du front. Est-ce la « fameuse contre-offensive » tant attendue ? Quelles sont les conséquences de la destruction du barrage pour les plans de Zelensky ?
Cet évènement a été anticipé et redouté par l’état-major ukrainien, depuis le début de la guerre. Mais le scénario s’est produit, et plusieurs milliers d’habitants ont été évacués. Cela peut être une catastrophe écologique, les eaux polluées passées sur les villes finiront dans la mer ou contamineront les terres ukrainiennes… La protection de l’environnement en guerre est impossible ! Surtout, il ne faut pas oublier que ce barrage fournit de l’électricité à toute la région et que c’est une infrastructure civile.
Moscou prétend qu’il s’agit d’un sabotage de la part des Ukrainiens (ce qui est probable) alors que Kiev prétend que ce sont les Russes qui ont fait sauter ce barrage pour des raisons stratégiques (nous y reviendrons). En tout cas, c’est un crime de guerre, vu que le barrage est employé à des fins civiles. Malheureusement pour l’un et heureusement pour l’autre, il faut des preuves pour accuser de crimes de guerre devant la cour internationale.

Quel est le lien entre la contre-offensive ukrainienne et la destruction du barrage ?
Même si certains se concentrent sur les conséquences humaines et écologiques de l’évènement, il ne faut pas oublier de citer les conséquences militaires, et donc de la guerre et la contre-offensive.
Tout d’abord, rappelons que cette guerre est faite de clins d’œil historiques et d’évènements russo-ukrainiens. Poutine prétend réhabiliter la grande puissance soviétique qu’était la Russie au 20e siècle et dont l’apogée a été la victoire de la « grande guerre patriotique » (WWII). Ainsi, s’il a détruit ce barrage, il fait référence aux généraux soviétiques qui ont décidé, face à la Blitzkrieg allemande en 1941, de faire sauter les barrages du Dniepr pour transformer le champ de bataille en bourbier, pour freiner les Allemands.
Parallèlement, les Allemands aussi ont utilisé cette technique d’inondation des terres pour ralentir les ennemis : en 1944, en Normandie, contre les Alliés, les Allemands ont inondé l’arrière pays Normand pour empêcher un parachutage allié. Ils ont aussi failli détruire les barrages des Alpes allemandes pour inonder les vallées allemandes afin de freiner les alliés qui fonçaient sur Berlin.
Ainsi, un camp comme l’autre peut utiliser cette technique (les Ukrainiens pour empêcher les Russes de prendre plus de territoire, les Russes pour enrayer la contre-offensive ukrainienne). Mais dans la logique actuelle des 2 camps, je penche plutôt pour une responsabilité russe, vu qu’ils sont en situation de défense, et les Ukrainiens veulent contre-attaquer. Donc les Ukrainiens ne veulent sûrement pas attaquer alors qu’il faut traverser un « lac » qui de plus a énormément de courant.
Si ce sont les Russes qui ont fait sauté le barrage, alors ils sont sacrément pas prévoyants car les pauvres soldats russes disposés en aval du fleuve ont vu arriver sur eux un véritable « ras de marée » d’eau soudainement libérée, et tout ça sans être prévenus !
Ainsi, pour un camp comme pour l’autre, les plans ne resteront pas inchangés. Alors, quand Zelensky annonce que « cet évènement ne changera pas les plans de la contre-offensive« , soit c’est du bluff (pourquoi pas), soit c’est vrai et là, c’est une grosse erreur, car cela certifie que la contre-offensive aura lieu autre part. Donc les généraux russes peuvent enlever des troupes au niveau du barrage et des zones d’inondation, pour les redéployer autre part et renforcer les défenses.
Macabre cette fois-ci : l’explosion du barrage a libéré les eaux retenues en amont, baissant le niveau de la surface, et dévoilant des vestiges archéologiques, datant de la Bataille du Dniepr en 1943, opposant Allemands et Soviétiques : des squelettes allemands disposant encore de leur casque, des armes soviétiques… Selon The Guardian, journal britannique, la Commission allemande des sépultures de guerre devrait regarder de plus près cela, après la guerre seulement !

Et cette contre-offensive ? A-t-elle commencé ? Si oui, où en est-elle ?
Les faits sont là : un nombre indéterminé d’Ukrainiens, appuyés par des tout nouveaux blindés d’infanterie Bradley, ont attaqué sur certains points du front, butant contre les défenses russes. Indéterminés, car nos seuls chiffres sont ceux de la communication russe : Poutine, ce mardi 13 juin, annonce que les Ukrainiens ont subi des pertes « lourdes, catastrophiques, irréversibles« . Il affirme aussi que l’Ukraine a effectué sa « contre-offensive à grande échelle, avec l’utilisation de réserves préparées à cette fin » et que « l’ennemi n’a réussi dans aucune de ces zones« . Ce qui est moins vraisemblable : « environ 25 % ou peut-être 30 % de l’équipement » a été perdu, donc plus de 500 chars selon lui toujours !! Côté russes les pertes s’élèvent, toujours selon lui, à « 54 chars » qui « peuvent être réparés« .
Selon le spécialiste militaire Michel Goya*, ce sont des « chiffres fantaisistes annoncés par Vladimir Poutine« . De plus on ne peut pas faire état des pertes précises de chaque camp, et le chef du Kremlin ne sait strictement rien de ce qui se passe sur le front, il s’informe par ses conseillers…
Alors, est-ce la contre-offensive ?
Ce qui suit est à l’heure où j’écris (15 juin):
Comme on ne connait pas les plans précis de l’armée ukrainienne, on ne peut pas savoir si c’est la contre-offensive ou simplement des incursions coordonnées de la part de groupes ukrainiens mobiles et blindés. Même si on a des preuves qu’il y a eu usage de matériels militaires occidentaux, et que même Poutine l’affirme, je pencherais plutôt vers la deuxième possibilité : des actions de harcèlement pour épuiser les forces russes, pour leur faire croire à un début de contre-offensive… Parce qu’une vraie contre-offensive ne se mène pas comme une guérilla et engage considérablement plus de moyens !
A noter que toutes les tentatives ukrainiennes, et ce n’est pas un fantasme poutinien, ont été des échecs et qu’il y a eu quelques pertes, notamment quelques blindés occidentaux. Ces malheureux soldats ont buté sur les mines installées par les Russes.
Un article suivra sûrement pour mieux décrypter ce qui se passe ou si c’est vraiment une contre-offensive qui se profile. Il est aussi important de noter que le ministre ukrainien de la défense, Oleksii Reznikov, nous dit dans un tweet que « les plans aiment le silence ». L’avenir nous confirmera ou infirmera mes affirmations…
Kenzo
*Interview avec Michel Goya : https://www.msn.com/fr-fr/actualite/other/contre-offensive-ukrainienne-les-chiffres-annonc%C3%A9s-par-poutine-sont-compl%C3%A8tement-fantaisistes/arAA1cxRyLcvid=d1a9123f827a4b50b615db851d252dba&ocid=winp2fptaskbarhover&ei=5