L’appel de la forêt (3)

Voilà, ce sont nos derniers textes écrits en atelier Poésie/Science avec l’auteur Laurent Contamin. Mais tout n’est pas encore fini : nous en enregistrerons bientôt une sélection qui sera diffusée sur Radio Clype, et avec le comédien Geoffroy Guerrier , nous préparons un film qui sera tourné en juin. A bientôt !


Le vent souffle dans les feuilles.

Lentement la brume se dissipe, laisse place au soleil matinal.

Petit museau pointe au dehors du terrier. CRAC! La patte du renard casse la branche. Crac… Cette fois c’est une souris…

Plus un geste.

Plus un bruit.

Plus un souffle… Le renard fléchit… Sort les dents… Et bondit ! Cri perçant!

Souris dans la gueule il rentre.

Le bout de sa queue rousse disparaît dans le terrier.

La forêt reprend son calme, comme s’il ne s’était rien passé.

Battement d’ailes. L’oiseau s’envole. Haut. Plus haut. Plus loin. Un point noir dans le ciel bleu. Un point qui revient, qui repart. Qui n’a pas de départ pas d’arrivé.

Il va où bon lui semble, il va où il veut aller, rien ne peut l’empêcher, car c’est un oiseau: le signe de la liberté.

Juliette A


Les feuilles jaunes, rouges, marron s’enchaînent dans leur ronde monotone.

C’est l’automne.

Un animal passe, une belette, les yeux vifs et scintillants, elle part dans le froid en courant.

TCHOC ! Un bogue heurte le sol et s’ouvre, laissant apparaître un marron, sphérique, lisse sous le doigt.

Une brise fraîche emporte le tas de feuilles mortes.

Cachant le petit mais puissant rayon de soleil, elles revivent une seconde fois.

Justine


Les arbres en fleurs. Des fleurs roses et blanches, les abeilles butinent déjà après le long hiver.

Un parfum enivrant, introuvable en magasin, le parfum de la vie.

Deux pigeons roucoulent, dissimulés derrière les feuilles vertes.

Et bientôt, les fleurs seront des fruits.

Les oiseaux chantonnent, sifflent tranquillement.

Ils montent vers le ciel dégagé et essayent d’atteindre la grande étoile d’or de la journée.

Justine

L’appel de la forêt (2)

ils s’enracinent dans la nuit

remplie du vertige de la vie

quand se perdent les ombres.

j’entends le cri d’un oiseau

venu du ciel pour se poser

là où les arbres s’emmêlent.

ils nous écoutent

j’en suis sûre,

quand vient l’aurore,

et le vent.

une espèce menacée.

Juliette H.


L’obscurité de la nuit se dissipe

Laissant place aux rayons du soleil brillant sur la neige

Des traces de pattes sont déjà marquées sur cette couche glaciale

Il est venu

Il est venu pendant que je dormais

Bercé par le bruit de l’eau de la cascade qui s’échoue sur les roches

Allongé sur le sol, j’admire l’immensité des arbres qui m’entourent

Un écureuil passe par-ci, un autre par-là

Je ne bouge toujours pas

La forêt n’a pas besoin de moi

Elle continue à vivre, comme si elle m’ignorait

Je sens l’odeur de l’écorce mouillée

J’entends l’arbre creux me dire de repartir

Je ferme les yeux.

Gabriel


Six heures pile

La neige tient au sol

Le crépuscule s’installe lentement et envahit la forêt de son noir inquiétant.

Sur un arbre imposant

Trois lettres de cinquante ans :

MMM

Elles portent à elles seules, de leur tracé irrégulier,

L’histoire d’un grand amour

D’un amour interdit

Dangereux

Et pourtant présent

Depuis cinquante ans

Et pour l’éternité

Trois simples lettres :

MMM

L-A


Retrouvez-nous tous les samedis pour lire nos textes écrits avec Laurent Contamin en atelier Poésie / Science

L’appel de la forêt (1)

ombre

et lumière

à travers les branches des arbres

où nous nous sommes perdus

les bruits silencieux m’enveloppent

les feuilles dorées se brisent et s’envolent

le temps s’arrête, passe

et puis nous casse

alors je ferme les yeux

tout disparaît.

Juliette H.


Je m’assois dans le creux d’une branche

Je suis différent à présent

Tel un oiseau qui jouit de sa liberté

Et surplombe le monde

Un parterre de feuilles gît en bas

Orange

Jaune

Rouge parfois

Un oiseau a pris ma place

Il sautille sur le sol

Et s’en va

Une branche se casse

Attirée par la terre où vivent des milliers d’insectes

J’entends un lapereau s’approcher

Il lève la tête

Je me perds dans son regard

Je vais trop loin

Mon règne s’achève

Gabriel


Six heures pile,

La neige tient au sol,

Elle étouffe de son épais manteau blanc

L’odeur de la mousse.

Tout est calme,

Comme toujours à l’orée de cette forêt.

A l’horizon, l’aube pointe son nez,

Et vient petit à petit chasser

Les quelques centimètres de nuit restant,

Reposés

Endormis.

Soudain, le rire d’un enfant

Qui perce allègrement le sage repos de la forêt.

Deux adolescentes,

Main dans la main,

Débarquent en courant

Et incrustent leurs pieds dans la neige immaculée.

Un couteau,

Sorti de la poche d’une des deux,

Et d’un geste habile,

En quelques secondes,

Trois lettres :

MMM

«Manon aime Mathilde»

S’écrie l’une.

«Mathilde aime Manon»

Répond l’autre.

Et elles partent

Affronter ce monde cruel qui est le leur

C’est ici que je mettrais pause à notre histoire…

L-A


Retrouvez-nous tous les samedis pour lire nos textes écrits avec Laurent Contamin, en atelier Poésie / Science

Sur les traces de Philippe Jaccottet

Le poète Philippe Jaccottet est mort le 24 février dernier. En hommage, ces textes écrits par L-A, Juliette et Gabriel en atelier Poésie / Science.

Triste Vérité

Le silence de mon optimisme s’est refait.

Il est englouti par la lumière artificielle de mes éclats de rires.

Encore emplie de fausses joies, un peu de mensonge dans mes promesses pour cacher mes S.O.S. et mon esprit sombre dans la solitude.

En ce texte, j’espère en vain, qu’ils verront le feu de détresse

sur la plage de mes sentiments.

Plus je parais heureuse, plus mes idées sont noires, car l’encre de mes pensées se montre rarement d’un brillant éternel, et je cache très bien mon désespoir de ne pas t’avoir.

Ce désespoir de ne pas te voir.

Ce désespoir qui me tire loin du clair de mes faux sourires…

L-A


Cette nuit, le silence m’a touché. Il a emporté ce qu’il y avait de plus beau.

Puis le jour s’est refait.

Encore une fois, sans bruit, un peu plus loin.

Et les astres éclairent la Terre, qui fermera les yeux. Et l’on y verra plus rien.

Puis très proche de l’horizon, un rayon venu d’un ciel

Plus clair.

Juliette H.


La lumière de l’ombre, celle du temps qui passe.

Puis le souvenir du jour où il s’est retiré.

Lorsqu’elle me révèle, sa voix, que tout peut se briser à mesure que le temps passe,

que le temps court, et que moi j’avance.

Seul dans ce jardin rempli d’humains conduits par un rien, par un tout,

Puis enlevés par le temps.

Juliette H.


Déjà, le silence de la nuit qui avance

S’est bientôt, et pour longtemps, refait,

Dans les forêts, dans les champs.

Encore un peu,

A l’attendre, à l’entendre,

Et quand elle sera là

L’on n’y verra,

Dans ces forêts, dans ces champs,

Plus très clair.

Moi, ce que je veux,

C’est ne voir plus qu’elle.

Regarde-là, le soleil de mes jours,

Et je me vois

Courir

Sans repos, sans fatigue, sans ordres ni limites,

Sur ses traces,

Sur les traces du bonheur.

Mon cœur bat et mes jambes obéissent

A toutes ces nouvelles sensations

Que j’éprouve en secret,

Qui m’animent en secret,

A la conquête de la vie,

A la rencontre de l’amour.

Gabriel